Christian Gammon-Roy
Tribune
Ellie Penasse n’imaginait pas l’impact qu’elle aurait sur le hockey lorsqu’elle a pris ses premiers pas sur la glace en 1971. C’était l’année de la création de la ligue mineure autochtone Little Native Hockey League (LNHL), et la petite Ellie, alors âgée de 6 ans, était la première et unique joueuse de la ligue. Elle était loin de se douter à l’époque qu’elle ouvrait la voie au hockey féminin et que sa contribution serait reconnue bien plus tard. Aujourd’hui âgée de 60 ans, Mme Penasse a été invitée à la célébration des peuples autochtones de la Ligue professionnelle de hockey féminin (PWHL – Professional Women’s Hockey League) le mercredi 4 mars, afin d’être honorée pour sa contribution au sport.
La passion de Mme Penasse pour le hockey lui est venue naturellement. Ayant grandi à Garden Village, elle explique que les enfants étaient toujours exposés au hockey et que l’équipe locale était très importante pour leur communauté. «Tout le monde suivait les Warriors de Nipissing à l’époque, vers 1970. Ils avaient remporté un championnat majeur à Fort Williams, en 1972,» se souvient-elle, ajoutant que deux de ses frères et un beau-frère faisaient partie de l’équipe. Mme Penasse raconte qu’elle prenait le bus pour aller voir leurs matchs à chaque occasion. «Le marché était le suivant : tu pouvais aller voir le match, mais le lendemain matin, tu te levais et tu allais à l’école, quelle que soit l’heure à laquelle tu étais rentrée la veille, et généralement, c’était tard ! Ce bus était toujours bondé, et c’est là que la passion a commencé pour beaucoup d’entre nous,» se souvient-elle. Elle ajoute en riant qu’à la maison, la télévision n’avait que deux chaînes : «il y avait les informations ou le hockey!»
Mais elle n’allait pas se contenter d’être spectatrice. Mme Penasse décrit des souvenirs d’enfance heureux lorsqu’elle jouait au hockey et patinait dans la baie gelée en hiver. La communauté se rassemblait sur des patinoires improvisées sur le lac. «Tout le monde avait des patins de hockey, souvent de secondes mains,» se souvient-elle. C’est grâce à ces matchs communautaires amusants qu’elle a perfectionné ses compétences et s’est fait remarquer, si bien que lorsque la LNHL a été créée, les dirigeants de la communauté ont accepté de la laisser s’inscrire. «Ma mère s’est rendue à une réunion du conseil à l’époque et a demandé s’ils soutiendraient ma participation si nous tentions notre chance, et ils ont répondu oui,» explique-t-elle. Bien qu’il n’y avait aucune règle officielle interdisant aux filles de jouer dans la ligue, elle précise que c’était très rare et qu’ils ne voulaient pas prendre le risque qu’elle soit refusée.
Même si sa mère avait obtenu le soutien de sa communauté, Ellie Penasse s’est fait passer pour un garçon au cas où les gens ou les équipes adverses s’opposeraient sa présence dans l’équipe de la Première nation Nipissing. «Quand je jouais, j’utilisais le nom de mon frère. Pour qu’ils ne sachent pas que j’étais une fille, je me suis fait appeler Raymond Penasse. J’ai utilisé ce nom pendant quelques années, et quand ils l’ont découvert, ils ont simplement commencé à inscrire «Ellie» sur la liste. Je ne sais pas si l’autre équipe savait que j’étais une fille,» raconte-t-elle.









