La grève des chauffeurs de bus scolaires prend fin, mais le syndicat poursuit sa lutte

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Christian Gammon-Roy

IJL – Tribune

Après environ trois mois d’arrêt de travail, les chauffeurs de bus scolaires d’Alouette Bus Lines, représentés par le syndicat des Métallos, ont conclu un accord avec l’entreprise et repris le volant à compter du lundi 27 avril. Les chauffeurs s’étaient mis en grève fin février pour réclamer une augmentation salariale. À l’époque, ils percevaient un salaire de base de 18,11 $ de l’heure, et le syndicat revendiquait une augmentation immédiate à 21,10 $, suivie d’augmentations annuelles. Bien que le contrat actuel n’atteigne pas ce montant, s’élevant à 20,65 $ à la date de signature, le syndicat se réjouit que des avancées raisonnables aient été obtenues. Cependant, selon Mike Scott, représentant syndical, «ce n’est pas la fin, ce n’est que le début,» car le syndicat continuera de faire pression sur le gouvernement pour que la norme provinciale de 24 $ devienne un salaire minimum obligatoire, plutôt qu’une simple suggestion à l’intention des entreprises.

«20$, c’est la hausse rétroactive, et 20,65$, c’est le salaire actuel. À compter du 1er septembre, ils toucheront 21,10$, et à partir de septembre 2027, ce sera 21,35 $. Nous leur avons arraché quelques centimes de plus,» explique M. Scott, qui a participé aux négociations. Selon lui, le contrat a été accepté en partie à cause des briseurs de grève, le consortium des Services de transport scolaire de Nipissing-Parry Sound ayant cédé les routes de bus des grévistes à quiconque voulait bien les prendre, «au lieu de venir à la table des négociations ou d’aider l’entreprise à payer davantage. Ils ont tout simplement refusé de nous parler, et en fait, ils ont commencé à nous nuire.»  M. Scott estime que les briseurs de grève ont sapé les efforts du syndicat, affaiblissant leur pouvoir de négociation, car même des chauffeurs d’Alouette ont franchi le piquet de grève et travaillé malgré l’action de leurs collègues visant à leur obtenir de meilleurs salaires.

Selon M. Scott, les grévistes se sont sentis contraints d’accepter un accord avant que tous leurs itinéraires ne soient repris, mais il se réjouit tout de même des avancées obtenues. «Nous avons finalement obtenu une augmentation de 3,24$ sur l’ensemble de la convention collective, ce qui est très bien,» dit-il, surtout par rapport à ce qu’ils gagnaient auparavant. Il ajoute que certains membres tenaient à atteindre 24$ ou 25$, soit le montant fixé comme norme par la province ou le salaire payé aux chauffeurs de Sudbury, qui ont récemment obtenu un peu plus de 25$ de l’heure. Bien que M. Scott comprenne leur point de vue, le syndicat a tout de même averti ses membres qu’il faudrait du temps pour atteindre ce niveau, en étant réaliste. «Nous savions qu’Alouette n’allait pas simplement débourser cet argent et fonctionner à perte, ce n’est pas ce que font les entreprises. Elles doivent être correctement financées par le consortium, c’est-à-dire le gouvernement,» explique-t-il.

M. Scott évoque régulièrement le consortium, affirmant qu’il existe des «problèmes fondamentaux» dans la manière dont celui-ci attribue les fonds destinés aux services de transport pour le compte des quatre conseils scolaires de la région. Le consortium conclut un contrat avec des compagnies de bus comme Alouette pour fournir un service de transport, en versant un montant fixe pour des itinéraires spécifiques pendant une période déterminée. Alors que l’inflation a fait grimper le coût de la vie et le prix du carburant, ce montant fixe n’a pas suivi le rythme, souligne M. Scott.

«Nous avons pris soin de ne pas critiquer la compagnie [Alouette] tout au long de ce processus. Nous estimons que c’était un problème relevant du consortium et du gouvernement. Ils [représentants d’Alouette] ont simplement indiqué que c’était le maximum qu’ils pouvaient offrir, car ils ne recevraient pas plus du consortium,» explique M. Scott, estimant que les négociateurs d’Alouette Bus Lines étaient eux aussi frustrés par le manque de financement adéquat. «Je pense qu’ils seraient plus qu’heureux de négocier des taux plus élevés si le consortium était prêt à faire de même.»

Il mentionne toutefois que l’entreprise ne risque pas de faire de vagues face au consortium, car elle ne veut pas perdre ses contrats lors des prochaines négociations. «Le processus d’appel d’offres d’août 2027 s’annonce intéressant : le consortium va-t-il tenir rigueur à Alouette pour cette grève et ne pas lui attribuer de contrats? Je ne sais pas, nous verrons bien,» s’interroge-t-il, tout en ajoutant qu’Alouette est le plus grand prestataire de services de la région, et qu’il est donc difficile d’imaginer qui d’autre pourrait prendre en charge les itinéraires locaux.

M. Scott souligne que les chauffeurs seront de retour à la table des négociations dans trois ans, à l’expiration de ce contrat. Les négociations entre le consortium et Alouette Bus Lines en 2027 pourraient également permettre à l’entreprise d’obtenir le financement nécessaire pour combler l’écart entre leurs salaires actuels et la norme provinciale de 24$. Il ajoute que la grève a réussi à mettre en lumière cet écart, provoquant même des discussions à l’Assemblée législative de l’Ontario. Pendant la grève, le député provincial de Timiskaming-Cochrane John Vanthof a abordé le sujet pendant la période de questions, cherchant des réponses auprès du ministre de l’Éducation Paul Calandra. M. Vanthof s’est également rendu au piquet de grève en mars et a convenu qu’une solution législative visant à imposer un salaire minimum obligatoire pourrait être envisagée. C’est une mesure que le Syndicat des Métallos défend également. «En tant que syndicat, nous continuerons à nous battre et à faire pression sur le gouvernement pour que ce seuil de 24 dollars devienne un montant obligatoire. (…) Nous voulons que le salaire minimum de 24 dollars de l’heure soit obligatoire pour chaque conducteur de bus de cette province,» déclare M. Scott.

Pour conclure, M. Scott souligne que le consortium utilise des fonds publics provenant des conseils scolaires de district et que le public a tout intérêt à s’assurer que cet argent soit bien dépensé pour assurer le transport des enfants en toute sécurité. «C’est votre argent, vous êtes les contribuables, pourquoi gardent-ils un excédent,» s’interroge-t-il, en espérant que le public posera également ces questions à ses élus.

Les appels passés à Alouette Bus Lines sont restés sans réponse, conformément au silence observé tout au long des négociations, bien que la société ait publié un très bref communiqué de presse le 25 avril pour annoncer la fin de la grève. «La société reconnaît que la grève a causé des difficultés et des perturbations à nos élèves et à leurs parents ou tuteurs. Nous sommes impatients de reprendre le service régulier d’autobus scolaires afin que nos élèves et leurs familles puissent terminer cette année scolaire sans autres problèmes de transport,» indique le communiqué, qui remercie également les gens pour leur patience.

Les appels passés au directeur du consortium des Services de transport scolaire de Nipissing-Parry Sound, Chuck Seguin, sont également restés sans réponse au moment de mettre sous presse. M. Seguin avait précédemment déclaré que le conflit opposait les chauffeurs à leur employeur, précisant que le consortium n’était qu’un client achetant un service à une entreprise privée et n’était pas chargé de négocier les salaires avec les employés de cette entreprise privée.