Christian Gammon-Roy
IJL – Tribune
Le service des urgences de l’Hôpital général de Nipissing Ouest a de nouveau été temporairement fermé le vendredi 17 avril. La fermeture a été annoncée sur les réseaux sociaux, par le biais d’une publication indiquant que les services seraient indisponibles entre 11 h et 20 h, obligeant les patients à chercher des soins urgents à l’extérieur pendant ces heures. Selon Dawn Morissette, présidente-directrice générale de l’HGNO, cette fermeture a été provoquée par un trou dans l’horaire des médecins de garde aux urgences, qui devient de plus en plus difficile à combler, provoquant des menaces fréquentes de fermeture. Il s’agissait de la deuxième fermeture du service, la dernière remontant à la fin octobre, «où nous avions dû fermer pendant 90 minutes,» selon Mme Morissette.
«Nous avons une personne dont le travail consiste à remplir cet horaire, et elle travaille toujours des heures de fou pour essayer de trouver assez de médecins pour assurer les gardes,» explique Mme Morissette à propos du défi constant pour garder le service des urgences ouvert 24 heures sur 24. «Nous frôlons la fermeture à plusieurs reprises chaque mois,» ajoute-t-elle.
Bien que désastreuse pour les patients locaux nécessitant des soins d’urgence rapides, cette situation n’est pas rare, en particulier dans le nord. «Nous ne sommes pas les seuls dans cette situation; nous avons des collègues dans tout le nord-est qui rencontrent également des difficultés et qui ont frôlé la fermeture, ou qui doivent fermer régulièrement. Cela se produit de plus en plus souvent dans toute la province, et en particulier dans les petits hôpitaux. Dans les grands hôpitaux, il y a plusieurs médecins dans différents types de services d’urgence qui travaillent en même temps. Il y a donc une file rapide, et il y a ceux qui s’occupent des cas subaigus; ainsi, si les grands hôpitaux manquent de médecins, la charge de travail se concentre sur un nombre réduit de médecins, mais ils peuvent néanmoins rester ouverts. Ils peuvent fermer leur file rapide et faire attendre tout le monde aux urgences classiques. Ici, et dans les autres petits hôpitaux, il n’y a qu’une seule file,» explique Mme Morissette.
Malgré la fermeture, Mme Morissette affirme que l’HGNO s’en sort mieux que beaucoup d’autres petits hôpitaux du nord. Comme elle le souligne, de nombreux patients qui se présentent à l’hôpital ne viennent pas pour des soins d’urgence, mais pour des problèmes de soins primaires, qui pourraient être traités par un médecin de famille ou par la médecine communautaire. Heureusement pour de nombreux membres de la communauté, ces options sont disponibles via l’équipe de santé familiale et le Centre de santé communautaire de Nipissing Ouest, ce qui allège considérablement la charge du service des urgences. Cependant, même ces options sont limitées par leur propre capacité d’accueil, et les patients en liste d’attente finissent par se retrouver aux urgences pour voir un médecin.
Au fond, le problème est simple. Mme Morissette explique qu’il n’y a tout simplement pas assez de médecins pour assurer toutes les heures de garde. La manière dont les médecins exercent a aussi changé. «Avant, un médecin de famille dans un environnement rural du nord exerçait un peu en médecine familiale, faisait une tournée chez ses patients soit tôt le matin, soit tard le soir, et prenait de temps en temps des gardes aux urgences. Mais la médecine a évolué, et ce n’est plus le cas aujourd’hui. Il y a des médecins de famille qui se spécialisent ou préfèrent exercer aux urgences ou travailler à l’hôpital, puis des médecins de famille qui préfèrent travailler en milieu communautaire, c’est-à-dire au sein d’une équipe de santé familiale, d’un centre de santé communautaire ou en cabinet individuel. L’époque où un médecin de famille cumulait ces trois fonctions est pratiquement révolue. Il y en a quelques-uns qui aiment la diversité, qui s’épanouissent dans ce cadre, qui se sentent à l’aise et qui sont qualifiés pour exercer dans ces trois domaines, mais la plupart des médecins de famille ne ressentent pas ce niveau de confort, et les médecins ne devraient pas être obligés de travailler dans un environnement où ils ne se sentent pas à l’aise,» explique Mme Morissette.
En ce qui concerne plus particulièrement le travail aux urgences, les choses se compliquent d’une autre façon aussi. Selon Mme Morissette, les médecins travaillent sous contrat à durée limitée, et lorsqu’un contrat prend fin, il n’est pas toujours garanti qu’un médecin souhaitera reprendre du service aux urgences. «N’oublions pas que le travail aux urgences implique des gardes de nuit, et qu’après un certain temps, on peut avoir besoin d’une pause. C’est également très intense. Parfois, ce sont 12 heures très intenses que vous passez là-bas, ou parfois ils optent pour 24 heures, donc vous y restez 24 heures. C’est un travail très prenant, et il est logique que les gens y entrent et en sortent, selon où ils en sont dans leur carrière,» décrit-elle.
La réponse évidente est de mettre l’accent sur le recrutement, et Mme Morissette dit qu’ils font tout leur possible pour combler les postes vacants et trouver des médecins prêts à s’engager à travailler à temps plein à l’hôpital. «C’est un travail de longue haleine; cela prend beaucoup de temps avant de porter ses fruits. Il faudra peut-être attendre deux ou trois ans avant de voir des gens venir travailler au service des urgences,» explique-t-elle, ajoutant qu’un médecin de famille souhaitant travailler au service des urgences est une «perle plutôt rare.»
Cela dit, elle a tout de même de bonnes nouvelles, annonçant qu’une nouvelle médecin commence cet été. «Nous avons beaucoup, beaucoup de chance de l’avoir, et elle commencera en tant que médecin hospitalier et au service des urgences pendant un certain temps. Cela nous aidera énormément, et il y a quelques personnes qui ont effectué des stages chez nous et qui sont intéressées, mais rien de concret pour l’instant,» révèle la directrice.
Comme toujours, l’hôpital mise beaucoup sur les médecins fraîchement diplômés, mais ceux-ci sont souvent réticents à s’engager à temps plein dans un hôpital. «De nos jours, avec autant de remplacements dans toute la province, beaucoup de nouveaux diplômés souhaitent tester différentes options avant de s’engager, ce qui est tout à fait logique. Si l’on a la possibilité d’essayer un poste [avant de s’engager pour de bon], pourquoi s’en priver,» demande-t-elle.
Les médecins remplaçants peuvent choisir leurs horaires de travail dans les domaines de pratique qu’ils souhaitent tester. Cela leur donne la liberté de tâter le terrain. D’un côté, cela signifie qu’il est plus difficile de trouver du personnel engagé, mais au moins, le vivier global de médecins disponibles dans la province s’élargit. C’est alors à l’hôpital de les attirer, ce que l’HGNO fait, assure Mme Morissette. «Les remplaçants qui viennent ici ont fait l’éloge de notre hôpital et de notre équipe. Ils aiment travailler avec notre équipe. Nous avons des infirmières chevronnées qui savent ce qu’elles font, une bonne direction des soins infirmiers qui veille à ce que tout se passe bien, et un assistant médical expérimenté et apprécié qui travaille pendant le service de jour. (…) Ainsi, si l’on parvient à susciter l’intérêt des remplaçants pour notre établissement et à les faire revenir régulièrement, on tisse des liens, et l’on voit ces personnes revenir trois ou quatre fois par mois,» dit-elle. Investir dans l’équipe existante et dans les soutiens dont les médecins ont besoin est une bonne stratégie, tant à court qu’à long terme, de conclure Mme Morissette.







