
Suzanne Gammon
IJL – Réseau.Presse
Tribune
Une eau brunâtre continue à sortir des robinets de certaines maisons à Verner, et malgré des mesures temporaires adoptées par la ville en attendant une solution permanente mais très couteuse, le problème persiste et frustre les résidents touchés. En tant que représentant du quartier 7, le conseiller municipal Fernand Pellerin reçoit les plaintes et les photos de vêtements tachés et de bains remplis d’eau opaque, donc il a demandé que la question revienne à l’ordre du jour à la réunion du conseil du 13 août.
«De nombreux résidents demandent une mise à jour sur la situation de l’eau à Verner. Quel est le plan?» voulait-il savoir.
Elizabeth Henning, ingénieur et directrice de l’infrastructure, a fait le point sur la situation. Elle a expliqué que la ville utilisait du permanganate de potassium pour éliminer le manganèse qui entraîne la décoloration de l’eau. La municipalité a aussi augmenté la fréquence des rinçages des conduites, de deux fois par an à une fois par mois à la station d’eau des rues Cartier et Principale, connues comme des endroits problématiques, a-t-elle ajouté. La ville a également procédé à des prélèvements trois fois par semaine dans six maisons où la présence d’eau décolorée était fréquemment signalée. «Jusqu’à présent, les analyses n’ont révélé aucun cas d’eau décolorée. Il convient de noter qu’au cours des cinq dernières années, les demandes de service concernant l’eau décolorée ont été reçues par moins de 5 % des utilisateurs,» a indiqué Mme Henning.
«Nous avons constaté que lorsque l’eau est décolorée, elle s’éclaircit lorsqu’on laisse couler le robinet pendant une minute. Cela indique que le problème n’est pas lié au réseau d’eau municipal, mais qu’il y a probablement une accumulation dans le réservoir d’eau chaude ou dans la plomberie du résident. Il s’agit d’un phénomène courant dans les maisons anciennes, qui est souvent plus visible lorsque les résidents sont absents et que l’eau reste longtemps dans les tuyaux. Nous recommandons aux habitants qui rencontrent ce problème de faire couler l’eau jusqu’à ce qu’elle s’éclaircisse ou d’envisager de faire rincer leur réservoir d’eau chaude,» d’ajouter la directrice.
La ville travaille sur des solutions à moyen et à long terme, a-t-elle assuré. Elle a prévu de dépenser
470 000$ cette année pour le remplacement du réservoir du château d’eau et la réparation des piédestaux, puis 1,5 million de dollars l’an prochain pour la construction d’un nouveau réservoir et le début de l’étude géotechnique pour la conduite d’alimentation de Cache Bay à Verner. De plus, des négociations se poursuivent avec la compagnie ferroviaire CPR pour installer une conduite d’alimentation le long de ses rails, pour éventuellement fournir de l’eau à partir de Sturgeon Falls.
Bien entendu, le financement reste un obstacle, car la construction de la canalisation principale de Cache Bay à Verner est estimée à plus de 10 millions de dollars. «La municipalité reste à l’affût des possibilités de subventions pour faire avancer ce projet. Le personnel continue d’étudier des solutions à long terme à ces problèmes,» a conclu Mme Henning.
Le conseiller Georges Pharand a été le premier à réagir au rapport. «J’ai été surpris de lire dans votre rapport que (…) le problème ne vient pas du système d’eau municipal et que (…) cela pourrait venir des vieilles maisons, des vieilles canalisations (…) Cela ne correspond pas à ce que j’ai lu dans le (…) rapport [des ingénieurs] AECOM de 2021, alors (…) de quoi s’agit-il? S’agit-il d’un problème de manganèse ou d’un problème lié aux habitations?»
Il a insisté sur le fait que le problème perdure «par intermittence depuis de nombreuses années» et il voulait savoir si c’était toujours considéré un problème lié au système municipal et non un problème que les propriétaires doivent résoudre eux-mêmes, une préoccupation que de nombreux habitants lui auraient exprimée.
Alisa Craddock, trésorière municipale, a reconnu l’existence d’un problème de manganèse dans l’eau de source, mais a précisé que ce problème était désormais traité et que l’eau ne posait «pas de problème lorsqu’elle quitte notre usine.» Elle a ajouté que la ville avait commencé à nettoyer les canalisations l’été dernier, ce qui a permis de rectifier une section problématique. «Cette année (…) nous testons les conduites dans la maison, nous testons à l’extérieur de la maison, nous testons à notre usine, et le problème n’existe pas dans l’eau traitée,» a-t-elle insisté.
Le conseiller Pellerin a déclaré qu’il avait «passé beaucoup de temps avec M. Ming,» directeur des services d’eau, pour comprendre les problèmes. Il a expliqué que le manganèse se déposait et qu’avec une poussée de pression, il pouvait se mélanger à l’eau et la décolorer. «La situation s’est beaucoup améliorée au cours du dernier mois, du dernier mois et demi (…) l’eau est beaucoup plus claire mais le problème persiste.» Il avait même reçu deux appels le jour même avec des photos, l’une d’un chandail abîmé qui venait d’être lavé et l’autre d’une eau brunâtre dans une baignoire, même si le résident avait laissé couler le robinet pendant plus d’une minute, tel que recommandé par la ville.
Selon Mme Henning, cela pouvait être dû au fait que l’eau chaude était restée stagnante dans un réservoir d’eau chaude, car «l’eau chaude fait ressortir la couleur.»
- Pellerin a déclaré que de nombreuses personnes l’appellent mais ne signalent pas le problème à la ville, bien qu’il les ait encouragées à déposer une plainte. M. Pharand avait une opinion sur la raison, disant «il y a beaucoup de gens qui ne se plaignent pas (…) parce qu’ils se sentent désespérés que rien ne soit fait à ce sujet (…) alors pourquoi se donner la peine de se plaindre.» Mme Henning a souligné que depuis 2018, 16 foyers (sur 329 usagers à Verner) se sont plaints d’une eau décolorée, bien qu’il y ait moins de plaintes depuis le début des prélèvements et des rinçages supplémentaires. Des solutions à court terme sont déjà en place, a-t-elle répété.
Le conseiller Kris Rivard a résumé le problème. «La racine du problème, c’est que la source d’eau contient des niveaux élevés de manganèse,» a-t-il déclaré, ajoutant qu’il faut s’attaquer à cette cause sous-jacente le plus rapidement possible. «Je pense que l’eau potable, une eau esthétiquement présentable aussi, c’est une chose très importante que les gens devraient avoir ici.» Il s’est également opposé au fait de contraindre les résidents à trouver leurs propres solutions. «Le fait de dire aux habitants qu’ils devraient faire cela à leurs propres frais (…) me met très mal à l’aise,» d’exprimer M. Rivard.
À cela, M. Pharand a suggéré d’installer un système de filtration dans les 16 à 20 maisons touchées. Mme Craddock a insisté sur le fait que l’eau était claire à l’extrémité de la ligne municipale et que la responsabilité n’incombait donc pas à la ville. M. Pharand n’était pas convaincu. «Je ne suis pas un expert, mais si l’eau brune apparaît dans un quartier précis, je ne pense pas qu’il s’agisse d’un problème dans les maisons individuelles, car (…) l’eau brune apparaîtrait alors un peu partout, elle ne serait pas (…) concentrée sur la rue Principale, par exemple.» Selon Mme Craddock, toutes les maisons de la rue Principale ne sont pas touchées, ce qui montrerait que la canalisation principale n’est pas en cause.
- Rivard a une fois de plus préconisé une vision à long terme. «Je n’aime pas pointer du doigt “oh ce n’est pas notre faute, c’est votre faute”, (…) c’est la faute de l’eau, cette rivière n’est pas si propre que ça, elle a des niveaux élevés de manganèse, donc la solution est à long terme, c’est d’écarter cette source d’eau.» Il a ajouté que «si nous pompons l’eau de Sturgeon, je pense que nous devons commencer à envisager un plan de protection des sources d’eau potable pour la rivière Sturgeon également, parce que nous ne pouvons pas continuer (…) à endommager notre source d’eau et espérer pouvoir nous approvisionner d’un autre endroit un peu plus loin.»
- Pellerin a raconté qu’une représentante du ministère de l’Environnement l’aurait rassuré que l’eau était potable, tout en admettant qu’elle ne la boirait pas en raison de son apparence. «Cela devrait être la priorité numéro un. Cela fait des années que ça dure, il faut que ça bouge,» a-t-il insisté.
Mme Craddock a expliqué que le projet ne remplit les critères d’aucun programme de financement provincial ou fédéral existant, et qu’il faudrait soit le diviser en étapes ou exercer des pressions politiques pour recevoir un financement extraordinaire. Le maire Kathleen Thorne Rochon a rappelé que la ville avait fait des présentations en ce sens au ministre ontarien de l’Infrastructure, sans issu. Selon elle la province concentre tous ses efforts actuels sur le logement, et tout projet proposé doit être lié au développement de nouveaux logements pour être pris en considération. «Notre argument était le suivant, «nous ne pouvons pas augmenter le nombre de logements ou la densité dans la zone de peuplement de Verner parce que notre système d’approvisionnement en eau ne peut pas le supporter. (…) C’est un peu comme la poule et l’œuf (…) Nous avons besoin de ce projet pour nous développer,»» a-t-elle expliqué. Cependant, la province fait la sourde oreille jusqu’à présent.
Le personnel administratif a proposé de préparer un rapport plus détaillé pour le conseil afin d’examiner la situation lors d’une prochaine réunion, car il y a beaucoup d’information technique à prendre en compte. Un dossier complet, comprenant tous les détails et les rapports remontant à 2018, sera soumis pour discussion lors de la prochaine réunion du comité des eaux et des égouts, prévue le 17 septembre.






