Le réaménagement d’Au Château est enfin envisageable

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Suzanne Gammon

IJL – Tribune

Le projet de reconstruction du foyer de soins de longue durée Au Château fait l’objet de discussions depuis plus d’une décennie, mais il avait été mis en veilleuse ces dernières années en raison de manque de financement et de coûts de construction et taux d’intérêt grimpants. Cependant, la province s’étant récemment engagée à moderniser les soins de longue durée et à y consacrer des fonds, le conseil d’administration et la direction de l’établissement ont ressorti le projet de ses tiroirs et espèrent le soumettre à l’approbation provinciale cette année.

Le projet est encore préliminaire et n’a pas encore fait l’objet d’une estimation des coûts, mais la directrice d’Au Château et deux membres du conseil d’administration l’ont présenté au conseil municipal de Nipissing Ouest le 16 juin. La ville est copropriétaire d’Au Château avec la municipalité de Temagami et serait donc responsable du réaménagement du foyer, vieux de 62 ans.

L’administratrice Andrée Quesnel et les membres du conseil d’administration Royal Poulin et Dan Gagné ont souligné que le ministère des Soins de longue durée avait récemment mis à jour les normes imposées aux établissements et s’était engagé, en juillet 2025, à financer 85% des coûts des projets de réaménagement dans le but de créer 30 000 nouveaux lits et de moderniser 28 000 autres lits destinés aux résidents en soins de longue durée dans tout l’Ontario. Ils ont averti que les établissements qui ne s’adapteraient pas pour répondre aux nouvelles normes pourraient être progressivement fermés.

«De nombreux établissements existants, dont Au Château, ont été construits selon des normes de conception désuètes qui ne répondent plus aux attentes actuelles en matière de vie privée, de sécurité et de qualité des soins,» a déclaré M. Gagné. «Les établissements qui ne respectent pas ces normes devront, à terme, se réaménager ou quitter le système,» d’ajouter Mme Quesnel. Tous deux ont également appelé à agir rapidement pour adopter un plan et le soumettre, affirmant que «tout retard dans la prise de décision aura un impact sur l’accès au financement et la hiérarchisation des priorités provinciales.»

Au Château compte actuellement 162 lits, avec 118 personnes sur une liste d’attente pour y être admises et une demande toujours croissante. L’établissement était déjà en retard sur les travaux de modernisation nécessaires pour se conformer aux normes adoptées en 2015, les nouvelles normes étant encore plus difficiles à respecter avec des structures construites il y a plus de 60 ans.

Selon M. Gagné, deux options étaient envisagées: d’une part, un réaménagement complet qui porterait le nombre de lits à 224 répartis dans sept bâtiments résidentiels de quatre étages; d’autre part, un projet de rénovation qui réduirait le nombre de lits à 160 répartis dans cinq bâtiments de trois étages. De toute évidence, la direction recommande l’option du réaménagement complet afin de répondre à la demande croissante, d’améliorer l’espace de vie, de limiter les perturbations et de saisir l’opportunité de financement actuelle.

«Bien que la modernisation du foyer existant puisse sembler une bonne option, elle ne résoudrait pas les limites fondamentales d’un ancien bâtiment de classe C. Les travaux de rénovation ne permettraient pas de mettre la structure actuelle aux normes de conception modernes de 2015, notamment en termes de taille des pièces, d’agencement, d’accessibilité et de prévention des infections. Quelle que soit l’approche choisie, nous devrions tout de même construire une extension importante pour répondre aux normes actuelles et aux besoins en capacité. Cela nécessiterait un processus de construction par étapes, ce qui signifie que les résidents et le personnel vivraient et travailleraient dans un environnement de chantier actif pendant une période prolongée,» a souligné Mme Quesnel.

«De plus, le cadre de financement de la province pour 2025 est conçu pour soutenir un réaménagement complet, et non des modernisations partielles, ce qui signifie que plusieurs coûts liés à la rénovation ne seraient pas entièrement couverts. (…) En revanche, un réaménagement complet nous permet de tirer le meilleur parti des financements provinciaux disponibles, d’éviter des perturbations prolongées pour les résidents et de créer un établissement spécialement conçu pour répondre aux normes modernes dès le départ. En fin de compte, le réaménagement est l’approche la plus durable et la plus tournée vers l’avenir, garantissant que nous investissons judicieusement dans un établissement qui servira nos communautés pendant les décennies à venir,» a-t-elle ajouté.

Mme Gagné a souligné que le bâtiment actuel «reflète toujours un modèle de soins d’une autre époque» et que le nouvel établissement serait plus spacieux, plus fonctionnel et plus accueillant. La ventilation, le chauffage et la climatisation seraient également modernisés. Chaque unité résidentielle ne comporterait que 32 lits et partagerait des espaces communs dédiés aux repas et aux activités. «La conception met fortement l’accent sur l’expérience des résidents grâce à des salons supplémentaires, de vastes espaces d’activités et un meilleur accès à la lumière naturelle et aux terrasses. La flexibilité des espaces favorise également la prévention des infections et la gestion des épidémies, permettant aux résidents de rester actifs au sein de leur espace de vie en cas d’épidémie,» a expliqué Mme Quesnel. Elle a ajouté qu’un bâtiment serait dédié aux «soins de la mémoire», «avec un accès sécurisé à son propre espace extérieur clôturé, adapté aux résidents atteints de démence.»

L’espace personnel a également été repensé, en particulier dans les chambres partagées. «Contrairement aux chambres partagées traditionnelles, l’espace de chaque résident est séparé par un mur plutôt que par un rideau, ce qui favorise une plus grande intimité. (…) Les salles de bains ont également été soigneusement conçues pour inclure un espace dédié aux effets personnels de chaque résident, alliant ainsi confort et organisation,» de préciser M. Gagné.

La présentation a été bien accueillie par le conseil municipal, bien qu’aucune motion officielle n’ait été déposée, car il s’agissait d’une réunion des comités du conseil et non d’une session régulière. Néanmoins, la plupart des membres ont convenu que le réaménagement complet était l’option privilégiée. «Je suis tout à fait d’accord sur le fait qu’il faut agir. Notre communauté compte une population vieillissante (..) et je pense qu’il est grand temps que notre foyer fasse peau neuve,» a déclaré le conseiller Roch St-Louis.

Le conseiller Jamie Restoule, qui a déjà siégé au conseil d’administration d’Au Château, a rappelé que ce sujet figure à l’ordre du jour depuis très longtemps et il était heureux de voir enfin ce déblocage. Le conseiller Fernand Pellerin a fait rire l’assemblée en déclarant : «C’est oui pour moi. J’aurai besoin d’un endroit où loger!»

Le conseiller Rolly Larabie, pour sa part, soutenait qu’il était plus risqué de ne pas agir que d’aller de l’avant. «Je pense que l’essentiel ici, c’est que (…) soit nous investissons dans un nouveau bâtiment, soit nous risquons de nous retrouver complètement hors jeu, et je ne vois pas le Nipissing Ouest sans Au Château. Nous devons aller de l’avant (…) et maintenant que la province accorde un financement à 85/15 (…) c’est une occasion de rêve. C’est Noël! Donc oui, je suis résolument en faveur de cette proposition,» a-t-il déclaré.

La maire Kathleen Thorne Rochon a rappelé l’importance d’Au Château tant à ses débuts qu’aujourd’hui. «Dans les années 1960, la nécessité de disposer de cet établissement au sein de notre communauté ne faisait aucun doute. À l’époque, nos résidents devaient se rendre à North Bay, ils ne recevaient aucun soin en français, et la création de cette maison de retraite a constitué une avancée majeure pour notre communauté et ses aînés,» a-t-elle raconté.

Aujourd’hui, alors que sa propre mère réside dans cet établissement, elle constate que ce besoin ne fait que croître. «Ce qu’il faut surtout souligner, c’est cette liste d’attente et ce qu’elle signifie concrètement, car j’en ai récemment fait l’expérience. Pour notre famille, cela signifiait que ma mère est restée à l’hôpital, dans l’unité de soins continus, pendant près de huit mois, entre le moment où elle s’est inscrite pour obtenir une place en soins de longue durée et celui où elle a été admise à l’Au Château. Or, vivre à l’hôpital à plein temps ne constitue pas des soins adéquats. Il n’y a aucune dignité, il n’y a aucune intimité et ce n’est pas ce que l’on souhaite pour qui que ce soit. Et (…) nous n’étions pas la seule famille à attendre patiemment, en milieu hospitalier, des soins de longue durée mieux adaptés. Ainsi, passer à une capacité de 224 lits, si cela permet de réduire la liste d’attente et le temps que les familles doivent passer à l’hôpital (…), je pense que c’est un énorme pas en avant.»

Mme Quesnel a ajouté que l’attente est encore plus longue pour les personnes qui ne sont pas hospitalisées, certaines devant même attendre jusqu’à deux ans pour obtenir un lit, la demande dépassant largement l’offre.

La prochaine étape du processus consiste à soumettre une demande initiale au ministère des Soins de longue durée au début août, dans l’espoir que la province approuve en principe la création d’un établissement de 224 lits. Les phases suivantes comprendront la planification détaillée et l’estimation des coûts. L’établissement appartenant au Nipissing Ouest, la ville devra s’engager à prendre en charge sa part du financement et le financement initial, car les fonds provinciaux ne seront pas versés d’avance. Le conseil municipal devrait présenter une motion lors d’une prochaine séance ordinaire, au cours de laquelle les membres voteront et officialiseront la position de la municipalité.