Suzanne Gammon
IJL – Réseau.Presse
Tribune
Les électeurs se préparent à se rendre encore aux urnes pour des élections anticipées, quelques semaines seulement après celles de l’Ontario. Le nouveau chef libéral et Premier ministre du Canada Mark Carney a choisi de mettre son tout nouveau poste en jeu dès son entrée en fonction, voulant obtenir un mandat de tous les Canadiens avant de rappeler le Parlement. M. Carney a annoncé le déclenchement des élections le dimanche 22 mars et la campagne ne durera que cinq semaines, le jour de l’élection arrivant rapidement, ce 28 avril.
Les électeurs de Nipissing Ouest voteront dans la toute nouvelle circonscription de Sudbury-Est-Manitoulin-Nickel Belt, qui couvre 32 305 kilomètres carrés avec une population de 99 827 résidents. En 2023, les limites des circonscriptions ont été redessinées, éliminant la circonscription d’Algoma-Manitoulin-Kapuskasing, qui a été divisée et intégrée à trois circonscriptions voisines. L’ancienne circonscription de Nickel Belt a donc ajouté Massey, Webbwood, Nairn Centre, Espanola, l’île Manitoulin, Naughton et Whitefish, et perdu des parties du Grand Sudbury, notamment Falconbridge, Garson, Coniston, Wahnapitae et une grande partie de l’extrémité sud de Sudbury. Le Nipissing Ouest et Sudbury Est y sont toujours inclus.
L’ancienne circonscription de Nickel Belt a alterné entre les libéraux et les néo-démocrates au cours des dernières décennies. Le député sortant Marc Serré, du Parti libéral, a arraché la circonscription à l’ancien député néo-démocrate Claude Gravelle en 2015 et la détient depuis lors. La nouvelle partie de la circonscription était jusqu’ici représentée par la députée néo-démocrate Carol Hughes, qui ne se représente pas. On pourrait donc croire que la lutte est principalement entre le NPD et les libéraux. Toutefois, les conservateurs ont gagné du terrain dans le Nickel Belt en 2021, leur candidat Charles Humphrey arrivant en deuxième place derrière M. Serré avec 27,2 % des voix, après que la conservatrice Aino Laamanen ait terminé troisième lors des deux élections précédentes, avec 21 % en 2019 et seulement 16,74 % en 2015.
Andréane Chénier a terminé troisième en 2021, avec 26,6 % des voix, et elle est de retour cette année pour tenter de reconquérir la circonscription pour le NPD. Pendant ce temps, un nouveau candidat conservateur, Jim Bélanger d’Azilda, espère bâtir sur les gains de 2021 pour faire passer la circonscription en bleu pour la première fois de son histoire. Ils se battent tous deux contre Marc Serré, qui a obtenu 34,9 % des voix en 2021 – un pourcentage en baisse après avoir obtenu 42,8 % en 2015 et 38,99 % en 2019.
Complétant les résultats de 2021, le Parti populaire du Canada (PPC) et son candidat David Hobbs ont obtenu 9,1 % des voix, et le Parti vert sous Craig Gravelle, 1,7 % des voix. Bien qu’aucun de ces deux partis n’ait encore de candidat confirmé auprès d’Élections Canada pour 2025, la période de nomination se termine le 7 avril et l’on s’attend à ce qu’ils inscrivent des candidats avant cette date. Le site Web du Parti vert présente Himal Hossain d’Azilda comme le candidat de la circonscription, tandis que le PPC avance la candidature de Claude Rozon, sans préciser son lieu de résidence.
Jusqu’à présent, la course à trois dans Sudbury-Est-Manitoulin-Nickel Belt s’annonce féroce, et les candidats sont tous très actifs partout dans la vaste circonscription pour vendre les mérites de leur parti.
Marc Serré
Jusqu’à récemment, M. Serré était confronté à une bataille particulièrement difficile, car les libéraux sous l’ancien Premier ministre Justin Trudeau affichaient des résultats catastrophiques dans les sondages et le parti était en proie au chaos interne. Plusieurs députés ont annoncé qu’ils ne se représenteraient pas, et depuis, certains sont revenus sur leur décision, mais M. Serré a annoncé très tôt qu’il tenait bon, quoi qu’il arrive. Heureusement pour lui, un changement de leadership et une approche plus centriste, en particulier dans une période d’incertitude où le Canada fait face aux menaces du président américain Donald Trump, ont donné un nouveau souffle aux libéraux et considérablement amélioré leurs chances de succès.
M. Serré reconnaît que M. Carney apporte un changement salutaire et il se dit plus à l’aise avec des positions plus centristes, mais il affirme que sa décision de se présenter est liée aux «nombreuses personnes qui m’ont encouragé» et à son désir de poursuivre le travail en cours. «Il y a encore du travail à faire,» déclare M. Serré, ajoutant qu’il prête peu d’attention aux querelles politiques à Ottawa, préférant se concentrer sur les questions locales qui touchent directement les habitants de la circonscription. Résident de Verner, il affirme être «un p’tit gars du Nord» qui tient à défendre les intérêts de la région. «C’est ce que j’ai toujours fait, et j’aime ça, puis je suis encore jeune, j’ai encore l’énergie pour le faire,» déclare-t-il. En outre, il pense que «cette élection est l’une des plus importantes de notre histoire,» potentiellement lourde de conséquences pour une circonscription si riche en ressources, déclare-t-il. M. Serré dit qu’il veut continuer à défendre les industries du Nord.
Il reconnaît que son travail n’est pas facile, surtout dans un climat politique divisé et parfois toxique, où «le gouvernement fédéral est accusé de tous les problèmes au pays.» Il blâme la désinformation et les conservateurs, qui, selon lui, «ont été très doués pour diffuser de la propagande haineuse.» M. Serré pointe également du doigt les «fausses informations» en ligne, provenant de Chine, de Russie et d’Inde pour influencer les électeurs canadiens, affirmant que les gens doivent être très vigilants et «se méfier des informations propagées sur les réseaux sociaux.» Néanmoins, il affirme qu’il perçoit un changement depuis les menaces tarifaires de M. Trump, car les Canadiens s’unissent et s’expriment davantage pour défendre des valeurs libérales, selon lui. «La dynamique a vraiment changé. (…) Les gens osent s’exprimer maintenant. Je le vois aux portes et sur les réseaux sociaux, il y a plus de voix qui s’élèvent contre la désinformation.»
Néanmoins, la tâche ne sera pas plus facile s’il gagne, car il aura à gérer une circonscription beaucoup plus vaste, avec l’ajout d’une douzaine de municipalités et sept Premières nations, toutes avec leurs priorités distinctes. M. Serré s’est opposé au redécoupage des circonscriptions, qui a enlevé un député au Nord de l’Ontario alors que, selon lui, la région aurait besoin d’être mieux représentée. Il souligne que les Francophones représentent désormais un pourcentage plus faible de la population de la circonscription et que l’étendue du territoire rendra difficile de se rendre fréquemment dans tous les coins. «Les gens veulent voir leur député,» dit-il, ajoutant qu’heureusement, ses dix années d’expérience lui ont déjà permis de tisser de nombreux liens. Actuellement, M. Serré a des bureaux de circonscription à Val Caron et à Sturgeon Falls, et il aimerait en ajouter un troisième afin que les électeurs n’aient pas à se déplacer trop loin pour rencontrer son personnel. Il souligne toutefois que cela dépendra du budget accordé, qui augmentera de seulement 24 000 $ pour desservir une région beaucoup plus vaste.
M. Serré affirme que la principale préoccupation des électeurs locaux concerne les tarifs douaniers et les menaces de Donald Trump. Devant ce phénomène, «les gens veulent des solutions, pas des slogans,» dit-il. Il estime que M. Carney est particulièrement qualifié pour faire face à cette situation instable, car il a géré des crises telles que la crise financière de 2008 en Amérique du Nord et le Brexit en Grande-Bretagne, où il a été gouverneur de la banque centrale après avoir occupé le poste de gouverneur de la Banque du Canada.
La deuxième priorité qu’il entend constamment, «c’est le coût de la vie, l’épicerie, le loyer, les maisons (…), tout a grimpé en flèche et il faut s’attaquer à ça,» dit M. Serré. Il souligne que le gouvernement libéral a augmenté les prestations fiscales pour enfants, financé des places en garderie à 10 $ par jour et pris en charge les soins dentaires comme moyens des réduire les dépenses des ménages, mais il admet qu’il reste encore beaucoup à faire. Il se dit entièrement d’accord avec la décision de M. Carney d’éliminer la taxe carbone à la consommation et avec son plan visant à réduire les impôts de la classe moyenne, à investir massivement dans la construction de nouveaux logements et à poursuivre l’expansion des soins dentaires. Il craint également que, sous un gouvernement conservateur, certains des programmes mentionnés ne soient supprimés, bien que le chef conservateur Pierre Poilièvre ait déclaré qu’il ne supprimerait pas les programmes de garderies et de soins dentaires déjà en place.
M. Serré affirme avoir entendu d’autres personnes exprimer les mêmes craintes à l’égard de M. Poilièvre. «Oui, les gens veulent de la responsabilité fiscale, mais ils veulent aussi des leaders avec une conscience sociale et les gens craignent que Pierre Poilièvre soit un populiste comme Trump,» dit-il. «Des gens m’ont dit : «J’ai voté NPD toute ma vie, mais Mark Carney est la seule personne qui peut nous défendre contre Trump. (…) Les gens ont peur de Poilièvre.»
M. Serré affirme qu’il n’a jamais encouragé le vote stratégique dans le passé, mais il a l’impression que les gens se rallient maintenant pour éviter une victoire des conservateurs. Cependant, il affirme que le plus important, c’est que les gens aillent voter, peu importe le parti qu’ils soutiennent, rappelant que le taux de participation a été de 45 % lors des dernières élections provinciales. «La démocratie est importante,» insiste-t-il.
Jim Bélanger
M. Bélanger est candidat pour la première fois, mais il n’est pas tout à fait nouveau dans le monde politique. En 2015, il a brigué la nomination libérale dans la circonscription de Nickel Belt et a perdu face à M. Serré. Manifestement désillusionné par les libéraux depuis, il a changé d’allégeance et croit que la circonscription serait mieux servie par les conservateurs. Résident d’Azilda depuis toujours, M. Bélanger est un entrepreneur qui a travaillé dans les secteurs minier, forestier et agricole, et qui est actuellement travailleur autonome dans le secteur des carburants, selon la biographie qu’il a fournie.
M. Bélanger a fait du porte-à-porte et affirme que «ce que j’entends sur le pas de la porte dans Sudbury-Est-Manitoulin-Nickel Belt est clair : les priorités sont l’abordabilité, les emplois et l’infrastructure.»
M. Bélanger déplore que l’essence, l’épicerie et le logement soient devenus plus chers «après dix ans de règne des libéraux» et s’engage à ce que «les conservateurs suppriment la taxe carbone, réduisent les impôts et fassent preuve de bon sens en ce qui concerne les dépenses publiques.»
Selon M. Bélanger, «la bureaucratie lourde et les impôts élevés font fuir les investissements» du Nord de l’Ontario, qui dépend fortement d’industries basées sur les ressources, telles que la foresterie et l’exploitation minière. Cela coûte des emplois, déplore-t-il. «Je me battrai pour que les projets soient approuvés plus rapidement (…) et je veillerai à ce que nous recevions notre juste part du financement d’infrastructure pour soutenir nos industries,» déclare M. Bélanger. En ce qui concerne les infrastructures, il reconnaît que les communautés du Nord sont dispersées, ce qui rend l’accès difficile. «Nous devons nous assurer que nos villes et nos communautés rurales ne soient pas laissées pour compte en ce qui concerne les routes, l’internet à haut débit et les services publics.»
M. Bélanger reconnaît les défis que représente l’étendue géographique de la circonscription, mais il ne se laisse pas décourager. «J’ai l’intention d’être présent dans tous les coins de la circonscription, que ce soit en personne, dans des bureaux de circonscription mobiles ou simplement en décrochant le téléphone lorsque les gens appellent. En ce qui concerne le bureau de circonscription, je veillerai à ce qu’il soit accessible,» promet-il.
M. Bélanger a un point de vue bien différent sur le changement de direction des libéraux et sur l’impact qu’il pourrait avoir sur les élections, même si les sondages montrent que l’avance de M. Poilièvre, autrefois considérable, s’est réduite. «Peu de choses ont changé sur le terrain. Les gens en ont assez des mêmes vieilles politiques libérales qui ont rendu la vie inabordable. Un nouveau visage au sommet ne change rien au fait qu’après dix ans, tout est brisé,» insiste-t-il. Et bien que la circonscription «ait été rouge ou orange pendant des décennies, […] les gens se rendent compte qu’il est grand temps d’adopter une nouvelle approche,» suggère M. Bélanger.
Lorsqu’on lui demande ce qu’il ressentirait s’il était la première personne à faire passer la circonscription en bleu, il répond que ce serait bien, mais qu’il se concentre davantage sur les priorités des habitants que sur son propre succès politique. «Si je suis élu, je serai fier de cet accomplissement historique, mais surtout, je serai fier d’apporter des résultats concrets aux gens d’ici,» de conclure le candidat conservateur.
Andréane Chénier
La résidente de Hanmer travaille comme spécialiste en santé et sécurité pour le Syndicat canadien de la fonction publique et plaisante en disant qu’elle se présente dans la vaste circonscription de Sudbury-Est-Manitoulin-Nickel Belt «pour pouvoir ralentir un peu,» puisque le territoire qu’elle couvre dans le cadre de son travail est encore plus vaste. Mais, blague à part, elle est outrée qu’une circonscription du Nord ait été supprimée et que la nouvelle circonscription soit un «méli-mélo» de différents types de communautés qu’il sera plus difficile de représenter. «C’est un grand tort qu’ils ont fait au Nord,» déplore-t-elle, soulignant qu’il n’y a pas de transports en commun et que de longues distances séparent les communautés, contrairement aux circonscriptions urbaines où l’accès est beaucoup plus facile. Elle affirme qu’elle se serait battue plus farouchement contre ce changement et qu’elle «remet en question la persévérance» de M. Serré et des autres députés qui se sont opposés à la perte d’une circonscription du Nord.
Mme Chénier se dit néanmoins prête à relever le défi. Afin de faciliter l’accès, elle souhaiterait voir trois bureaux de circonscription, mais reconnait que cela «dépendrait du budget». La néo-démocrate envisage d’ouvrir au moins deux bureaux et, «idéalement», un troisième. «Pour être juste, il en faudrait un à Sturgeon Falls, car cette région compte une forte population. (…) Il est certain qu’il y en aurait un dans la vallée,» déclare-t-elle. Cependant, pour bien desservir les communautés récemment ajoutées à la circonscription, elle aimerait avoir un troisième bureau «très probablement autour d’Espanola,» même s’il est ouvert à temps partiel en fonction du financement.
Lorsqu’on lui demande ce qu’elle entend des électeurs, elle évoque «la peur très réelle de Trump,» car les travailleurs s’inquiètent de leur sécurité d’emploi et leur capacité à subvenir aux besoins de leur famille si les tarifs douaniers entraînent des fermetures d’entreprises. «Les gens disent qu’ils sont incertains de l’avenir,» révèle-t-elle, ajoutant que le NPD a toujours revendiqué des soutiens pour les familles et les travailleurs, que ce soit de l’aide financière pendant la pandémie ou en poussant le gouvernement à couvrir les soins dentaires et les médicaments contre le diabète. Elle affirme que son parti continuera à se battre pour la protection des travailleurs lorsque les tarifs douaniers auront un impact sur les industries et les emplois. «Ce n’est pas la faute des travailleurs d’ici, ce qui se passe,» et ils ne devraient pas avoir à en payer le prix, insiste-t-elle.
Mme Chénier indique qu’elle entend aussi le soulagement des gens reconnaissants au NPD d’avoir fait la promotion des soins dentaires. Elle souligne que de bons soins dentaires aident à prévenir les maladies cardiaques et autres et permettent donc d’économiser dans le système de santé à long terme. Les soins dentaires stimulent également la productivité, avance la candidate. «Des personnes en bonne santé sont des personnes qui peuvent travailler,» souligne-t-elle. Elle se dit fière que le NPD soit le parti de la santé universelle, un élément clé de l’identité canadienne. «Tous partis confondus, les gens sont incroyablement fiers de notre système de santé universelle,» s’enorgueillit Mme Chénier.
La candidate affirme que, dans toute la circonscription, elle rencontre un grand nombre d’aînés à revenu fixe dont les prestations du RPC ne suffisent plus devant l’inflation galopante, qui risque d’empirer si une guerre commerciale se déclenche. Elle ajoute que ces inquiétudes «empêchent les gens de dormir,» en particulier les plus vulnérables. Selon Mme Chénier, le NPD préconise l’adoption de règles contre les prix abusifs sur les produits alimentaires essentiels; la suppression de la TPS sur le chauffage domestique, les couches et d’autres produits de première nécessité; ainsi que des investissements dans le logement abordable. Elle est également partisane d’un revenu de base universel, qui garantirait à tous les Canadiens «au moins le minimum requis pour vivre dignement.»
Interrogée sur la possibilité de perdre des votes au profit des libéraux en raison du vote stratégique, Mme Chénier affirme que cela n’est pas nouveau pour le NPD. Selon elle, le vote stratégique a toujours été «un cri des libéraux pour attirer à eux les électeurs du NPD» en utilisant des «tactiques de peur,» cette fois-ci en exploitant la crainte d’une victoire des conservateurs. «Le NPD, lui, va toujours de l’avant,» insiste-t-elle. Elle rejette également la politique de la peur et de la division, affirmant qu’elle est «là pour offrir une alternative pleine d’espoir. (…) Ne votez pas par peur. Il y a une autre voie.»
Plusieurs façons de voter
Les électeurs locaux n’ont pas à attendre le 28 avril pour voter. En effet, le bureau local d’Élections Canada à Sturgeon Falls (12006 Hwy 17 East, Suite 7) est ouvert 7 jours sur 7 et les gens peuvent y voter en personne jusqu’au 22 avril. Les gens peuvent voter par la poste s’ils en font la demande auprès d’Élections Canada avant le 22 avril. Le vote par anticipation sera ouvert du 18 au 21 avril. L’adresse à laquelle il faut se rendre est indiquée sur la carte d’information de l’électeur. Les personnes qui n’auront pas reçu leur carte par la poste avant le 11 avril devraient s’adresser à Élections Canada.









