Isabel Mosseler
IJL – Réseau.Presse
Tribune
La réunion du conseil municipal de Nipissing Ouest s’est tenue au Club de l’Amitié de Verner le 17 juin, mais un manifestant s’est montré loin d’être amical en exprimant sa frustration quant à l’état de l’eau qui sort de son robinet. Son comportement turbulent a perturbé les délibérations et conduit à son arrestation. Or, d’autres résidents ont exprimé les mêmes frustrations, quoique plus calmement, à la fin de la session.
Le conseil municipal tient régulièrement des réunions dans les différentes communautés de Nipissing Ouest afin d’encourager la participation des citoyens et d’entendre leurs commentaires. Les élus se sont rendus à Verner en sachant pertinemment qu’ils allaient y rencontrer des citoyens frustrés par les problèmes d’eau persistants, soit l’eau décolorée qui sort de leurs robinets. Cependant, les perturbations répétées d’un homme identifié comme Gene Samarian ont fini par exaspérer l’assemblée, si bien que même les résidents favorables à son message ont critiqué ses tactiques. Les problèmes d’eau de Verner étaient bel et bien à l’ordre du jour de la réunion, qui allait être suivie d’une session ouverte donnant le droit de parole aux résidents, mais M. Samarian n’a pas voulu attendre pour faire passer son message.
Environ cinq minutes avant le début de la réunion, M. Samarian a défilé devant le conseil en brandissant une pancarte et en proclamant haut et fort : «J’ai un robinet (…) où l’eau coule 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, 365 jours par an. J’encourage les gens à faire couler leur eau 24 heures sur 24 (…) pour avoir une eau cristalline. Nous payons 135 dollars pour de l’eau illimitée (…) Est-ce que quelqu’un peut faire un commentaire? N’importe lequel d’entre vous, [conseil et personnel municipal], avant le début de la réunion. Que pensez-vous du fait de forcer une personne handicapée à boire cette mauvaise eau et à dépenser le peu d’argent que j’ai pour acheter de l’eau en bouteille ? (…) Ils empoisonnent nos enfants, ils nous empoisonnent probablement, et qui sait quelle quantité de produits chimiques se trouve dans cette eau. Je ne peux même pas faire de crêpes avec cette eau. Je dois utiliser de l’eau en bouteille pour faire mes crêpes, sinon elles sont dégoûtantes. Mon café aussi. Je vais fumer ça et revenir pour écouter les mensonges que vous racontez.»
Après son départ, la maire Kathleen Thorne Rochon a rappelé qu’une session ouverte allait suivre les délibérations «pour répondre à vos questions sur tous les sujets.» Or, la réunion était à peine commencée que M. Samarian faisait à nouveau irruption dans la salle pour faire les cent pas juste devant la table du conseil en levant ses pancartes. «Je me mets juste ici. Je souffre du syndrome des jambes sans repos, c’est donc un handicap. Désolé (…) Très bien. Je ne dérange pas votre réunion. (…) Tout va bien. Il n’y a pas de menace ici. Vous pouvez appeler la police,» a-t-il lancé. Il s’asseyait pour se relever aussitôt. «Je suppose que je n’entends pas bien, alors je vais juste me mettre ici (…) Vous pouvez appeler la police. Je ne m’adresse pas à vous; c’est vous qui êtes censé vous adresser à nous.»
Enfin, Madeleine Carré, du Club de l’Amitié, a poursuivi M. Samarian avec une chaise en lui ordonnant de se calmer. «Je vais vous demander de vous asseoir ici et de regarder la réunion comme nous,» lui a-t-elle dit. M. Samarian a répondu : «Je ne peux pas m’asseoir. Mes jambes sont vraiment coincées. C’est un handicap.» Il l’a de nouveau mise au défi d’appeler la police. Après quelques échanges au cours desquels Mme Carré a gardé un ton égal, il a proclamé : «Je vais aller là-bas parce que j’ai peur maintenant. Vous me faites peur.» La maire Rochon l’a informé que la procédure du conseil l’obligeait à s’asseoir, ce à quoi M. Samarian a répondu : «La procédure n’a pas préséance sur mon handicap. (…) Le Code des droits de la personne de l’Ontario s’applique ici (…) C’est vous qui vous adressez à moi, moi je ne vous dérange pas.»
Le conseil a tenté en vain de poursuivre l’ordre du jour, mais les discussions étaient continuellement perturbées. «Il y a ici des résidents qui aimeraient suivre les délibérations du conseil,» a souligné Mme Thorne Rochon, mais M. Samarian a retourné l’affirmation contre elle en répliquant : «Il y a ici des résidents qui aimeraient avoir de l’eau propre.» Il a refusé de partir et menacé de porter plainte, invoquant son droit de manifester.
Finalement, le conseiller Georges Pharand a demandé une pause seulement quinze minutes après le début de la séance. «Je ne peux pas accorder à nos discussions l’attention qu’elles méritent,» a-t-il déploré. Pendant la pause, des agents de la Police provinciale de l’Ontario sont arrivés, conseillant à M. Samarian de quitter les lieux. Son refus d’obtempérer a conduit à son arrestation et son expulsion, sous les applaudissements d’une partie de l’auditoire. Il a fallu environ 25 minutes de pause pour retrouver le calme, puis la réunion s’est poursuivie. M. Samarian ayant menacé d’intenter une action en justice, l’administrateur municipal J.-P. Barbeau a demandé aux membres de l’assistance de signer un formulaire en tant que témoins des perturbations, ce que beaucoup ont fait sans hésiter.
Le Conseil fait le point sur les problèmes d’eau
Le conseil a abordé la question de l’eau potable à Verner, détaillant ses efforts pour résoudre ce problème qui afflige certains résidents depuis 2019. La ville revendique depuis longtemps un soutien urgent des niveaux supérieurs de gouvernement, mais la solution nécessite des travaux d’infrastructure majeurs à un coût très élevé.
Le problème provient de la source d’eau elle-même – la rivière Veuve – qui est riche en manganèse, un minéral naturel qui provoque des décolorations et pose des problèmes de traitement de l’eau. Autrefois, la ville utilisait du dioxyde de chlore pour gérer le problème, mais cette substance s’est avérée potentiellement cancérigène, donc le ministère de l’Environnement a interdit son utilisation, limitant la capacité de la municipalité à maintenir la clarté de l’eau. Depuis, le personnel s’est tourné vers le permanganate de potassium, mais la qualité de l’eau reste instable, en particulier pendant les mois d’été lorsque les niveaux de manganèse atteignent des sommets.
Malgré le rinçage et le nettoyage réguliers des canalisations, M. Barbeau reconnaît que «nous sommes en train de mener une bataille perdue d’avance,» car ce ne sont pas des solutions durables. La ville a élaboré des plans pour acheminer l’eau depuis le réseau plus fiable de la rivière Sturgeon, qui dessert actuellement Cache Bay et Sturgeon Falls. Mais cette solution permanente s’accompagne d’un coût faramineux. «La seule solution consiste à changer de source d’eau,» a déclaré M. Barbeau. «Et le montant qu’il nous faut est d’environ 27 millions de dollars.»
La maire Thorne Rochon a souligné que tout projet d’infrastructure lié à l’eau doit être financé par les utilisateurs du système au moyen d’un frais ajouté à leur facture d’eau, et non des impôts fonciers généraux, selon les règles imposées par la province. Cela signifie que toute construction importante devrait normalement être financée par les quelques 3 300 ménages raccordés au réseau d’eau municipal. «Si l’on divise un projet de 17 millions de dollars par 3 300 ménages, cela représente 5 000 dollars par ménage,» a-t-elle averti. «Nous essayons d’obtenir cet argent auprès d’autres niveaux de gouvernement afin d’atténuer le coût pour les ménages individuels.»
Les efforts de financement se poursuivent depuis des années. En avril 2024, la directrice des infrastructures Elizabeth Henning et la maire Thorne Rochon ont rencontré le Sous-ministre des Infrastructures, pour apprendre que le projet ne répondait pas aux priorités provinciales, axées sur la construction de nouveaux logements. «À moins que vous ne puissiez nous dire qu’il y aura 1 000 nouveaux logements, (…) vous n’obtiendrez pas de financement,» s’est résumé la réponse selon Mme Thorne Rochon.
L’annonce plus récente d’un fonds d’infrastructure de santé et de sécurité, de 173 millions de dollars à l’échelle de la province, a donné un peu d’espoir. Une demande a été soumise et la municipalité attend une réponse. «Même si nous obtenons juste un oui partiel pour ce fonds, nous pourrons probablement nous adresser au gouvernement fédéral pour voir s’il existe des fonds de contrepartie,» a ajouté la maire, tout en soulignant que les investissements fédéraux en infrastructures sont restreints ces derniers temps.
Peter Ming, directeur des services d’eau et des eaux usées, a expliqué qu’il travaille avec des consultants pour identifier la manière la plus efficace d’échelonner les travaux d’amélioration, advenant un financement partiel. Il s’agirait de remplacer le château d’eau vieillissant de Verner et de commencer la construction de la nouvelle conduite d’alimentation dans les limites de la ville. «Le château d’eau actuel de Verner n’est pas assez grand pour permettre une quelconque expansion,» a-t-il déclaré. Bien que des réparations d’urgence aient été effectuées sur le revêtement du réservoir cet été, «la réparation complète aurait coûté un peu plus d’un million de dollars.»
Le conseil a également envisagé des mesures palliatives à court terme pour améliorer la qualité de l’eau au robinet. Le conseiller Fernand Pellerin a suggéré d’examiner des systèmes de filtration résidentiels, tels que l’osmose inversée et les filtres à charbon, déjà utilisés par certains résidents. Le personnel a exhorté à la prudence avant d’approuver des solutions à domicile, en soulignant l’équité, le coût de l’entretien et le manque de viabilité à long terme, mais les conseillers ont convenu que l’idée méritait d’être considérée. «Même s’il s’agit d’une solution temporaire, nous devons commencer à y réfléchir,» a déclaré le conseiller Pharand, affirmant qu’il était temps d’envisager des solutions inusitées. «Si nous pouvions résoudre le problème de façon permanente du jour au lendemain, nous le ferions tous. Ce n’est pas faute d’efforts de notre part que ça persiste,» a-t-il assuré.
La maire Rochon a ajouté que le nouveau système permettra de réaliser des économies, car la ville n’aura plus à gérer deux installations de traitement distinctes – un fardeau rare pour une municipalité de seulement 15 000 habitants.
En attendant, les revendications continuent. «Nous continuons à nous rendre à ces conférences municipales à Toronto et à Ottawa parce que c’est l’occasion pour nous d’être face à face avec les ministres et de leur dire «Écoutez, voilà ce dans quoi les gens doivent se baigner, laver leurs vêtements et leurs enfants et boire,»» a déclaré le conseiller Pharand. «Je sais que nous sommes critiqués pour notre participation à ces conférences (…) mais je m’en moque. Nous continuerons à aller faire du bruit jusqu’à ce que nous obtenions de l’argent de la province.»
Les habitants demandent une aide à court terme
Après la réunion, les habitants de Verner ont eu l’occasion de s’exprimer et ils n’ont pas manqué de faire comprendre leur frustration et leur désespoir devant ce problème qui s’éternise.
«Nous entendons cela depuis longtemps – à long terme, toujours à long terme,» a déclaré Pierre Amyotte. «Vous nous demandez d’attendre encore cinq, six, voire dix ans pour que quelque chose se concrétise. Que devons-nous faire entre-temps? Qui va payer? Nous payons notre facture d’eau. Pourquoi?»
M. Amyotte a raconté qu’il avait acheté un appareil d’osmose inversée pour traiter l’eau de sa maison. «L’eau qui sort de cet appareil est bien claire et limpide, mais c’est moi qui paie. Je paie donc deux fois plus pour mon eau.» Il a informé la Tribune que l’installation de son système lui avait coûté environ 500$ et que l’achat des filtres était estimé à 300$ par an. Il serait heureux de pouvoir déduire ces dépenses supplémentaires de sa facture d’eau.
D’autres ont fait écho à M. Amyotte, appelant à des mesures provisoires telles que la fourniture d’eau en bouteilles ou des remises municipales pour aider à financer l’achat de systèmes de filtration. Carole Cousineau, qui a présenté une bouteille d’eau brunâtre à Mme Thorne Rochon, a rappelé que pendant le Concours international de labour en 2019, la ville avait distribué de l’eau. «Nous avions des camions à la caserne des pompiers et nous pouvions aller faire le plein d’eau. Je recevais des caisses d’eau. Après la fin du concours de labour, plus une seule caisse d’eau.» Elle a souligné la charge financière que cela représente. «Je dépense autant d’argent pour acheter de l’eau que pour payer ma facture d’eau. Je pense donc que j’ai suffisamment payé aujourd’hui.» Elle n’est pas d’accord pour que les gens fassent couler leur robinet 24 heures sur 24, comme l’avait suggéré Gene Samarian, car cela pourrait conduire à une situation dangereuse s’il y avait un incendie en ville et que le débit d’eau n’était pas suffisant pour éteindre le feu.
Ginette Boutin a souligné l’impact sur les appareils ménagers. «Qui va payer pour mes toilettes, dont l’eau est comme du chocolat, pour mon lave-linge et mon sèche-linge, ou pour mon réservoir d’eau chaude?» a-t-elle demandé.
Reg Boutin, qui dénonce cette situation depuis longtemps, a remis en question l’échéancier. «Nous devions avoir un nouveau système pour apporter l’eau en provenance de Cache Bay en juin 2024. C’était le plan qu’ils avaient mis en place. Maintenant, nous apprenons (…) que nous commençons tout juste à rencontrer des gens pour obtenir un financement (…). Je serais peut-être prêt à dépenser cinq mille dollars pour avoir de l’eau de qualité (…). Demandez aux habitants s’ils veulent cela. Ils en ont assez de cette eau brune.» Le conseiller Pharand n’était pas convaincu : «Oui, mais tout le monde n’a pas 7 000$ dans sa poche.»
Le conseiller Kris Rivard a également demandé que l’on explore des solutions provisoires pendant que la municipalité attend des subventions. «C’est ce que j’aimerais voir (…), une solution à court terme en attendant (…). L’eau en bouteille, c’est bien, mais on ne peut pas se laver avec (…), on ne peut pas l’utiliser dans la machine à laver,» a-t-il fait remarquer.
M. Barbeau a reconnu que la pression montait. «Ce que nous allons faire, c’est aller au conseil le 8 juillet avec vos commentaires et le conseil aura une discussion approfondie sur ce qu’il est prêt à faire pour vous.» Mme Thorne Rochon a confirmé : «Nous ne prenons des décisions que lors des réunions régulières. Je ne peux rien promettre (…) Tout se décide par une majorité du conseil.» La maire a aussi rappelé que le conseil actuel avait hérité du problème, mais qu’il cherchait activement des solutions. «Cela fait deux ans et demi que ce conseil est autour de la table et depuis, (…) nous travaillons à la recherche de solutions.»
Les habitants restent toutefois sceptiques. «Lorsque ce conseil sera parti, tout recommencera,» a prédit amèrement Reg Boutin. «Je ne vous blâme pas, mais…»
À l’approche de la réunion du 8 juillet, de nombreux habitants espèrent que le conseil ne se contentera pas d’une simple discussion de plus, mais qu’il agira concrètement pour soulager les habitants de Verner.











