Les pompiers s’entraînent à une intervention très particulière : sauver une personne piégée dans un silo à grains

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Isabel Mosseler

IJL – Réseau.Presse

Tribune

Dans le cadre d’une démarche proactive visant à lutter contre l’un des risques les plus dangereux en agriculture, 25 pompiers volontaires de Nipissing Ouest ont suivi une formation spécialisée sur le sauvetage en silos à grains le 3 mai, à Verner, derrière les silos de la Co-opérative régionale. Cette session intensive a permis aux premiers intervenants locaux d’acquérir les outils et les connaissances nécessaires pour sauver des vies en cas de piégeage dans un silo à grains, c’est-à-dire lorsque des fermiers se retrouvent coincés, et potentiellement asphyxiés, dans des installations d’entreposage de grains. Ce genre d’incident n’est pas un phénomène fréquent, explique Pascal Morin, responsable de la formation au sein du service d’incendie de Nipissing Ouest, mais lorsqu’il se produit, il s’agit d’une situation urgente, complexe et extrêmement dangereuse. «Nous voulons être prêts,» dit-il.

La formation d’une journée comprenait des simulations pratiques à l’aide d’un système de sauvetage spécialement conçu pour ce genre d’intervention, comprenant un tube de sauvetage à quatre panneaux que les sauveteurs descendent pour encercler la victime, ainsi qu’une vrille insérée dans le tube pour retirer le grain autour du corps de la personne. «Une fois qu’une personne est plongée dans le grain jusqu’à la taille, il est pratiquement impossible de l’en sortir sans cet équipement,» explique M. Morin. «Le grain agit comme des sables mouvants; il crée une sorte de succion autour de la personne, et tout mouvement ne fait qu’aggraver la situation.» Il estime qu’en cas d’incident de ce type, selon l’endroit où se trouve la ferme, l’équipe d’intervention peut mettre jusqu’à 20 minutes pour arriver.

Au cours de la formation, des équipes de quatre pompiers se sont relayées pour jouer le rôle de sauveteurs et de «victime» afin de comprendre l’expérience que peut vivre une personne dans cette situation. «On a l’impression qu’un énorme aspirateur nous colle sur place,» décrit Stephan Rahaman, de la caserne 6 de Verner. «Le grain se resserre autour de vous chaque fois que vous inspirez. C’est une sensation d’étouffement et de claustrophobie.» Philippe Mondoux, un autre pompier, décrit le défi psychologique : «Si vous paniquez, la situation s’empire. Il faut juste se calmer et se rappeler que tout ira bien.»

La formation a pu se faire grâce à une collaboration entre la Fédération de l’agriculture de Nipissing Ouest Sudbury Est (FANOSE), la Coopérative régionale de Verner et le fonds Revive de la Fédération de l’agriculture de l’Ontario (FAO). Le soutien combiné a permis de couvrir les coûts de la formation et de l’équipement, qui s’élèvent à 7 400$.

«C’est Denis Castonguay, directeur général de la Coopérative régionale, qui a été le premier à nous parler de ce projet,» a déclaré Madeleine Beaudry, présidente de la FANOSE. «Notre conseil d’administration a estimé qu’il s’agissait d’un excellent projet et a également demandé des fonds dans le cadre du Fonds Revive offert par la FAO. Cette formation est un complément aux autres projets sur lesquels nous avons travaillé au fil des ans en matière de sécurité agricole.»

Le matériel de secours n’est pas encore arrivé, mais il sera bientôt installé à la station 6 de Verner et les pompiers savent maintenant comment le déployer en cas de besoin. «Nous formons principalement les pompiers de Verner et de Lavigne, où se trouvent la plupart des exploitations agricoles,» explique M. Morin, «mais nous avons également invité les volontaires d’autres stations, notamment Field et Monetville, afin qu’ils soient familiarisés avec le processus (…) C’est pour toutes les exploitations agricoles. Beaucoup de fermes ont des silos. (…) La formation comprend la venue de la remorque [spécialisée de l’Association canadienne de sécurité agricole – ACSA]. Ils font le tour du Canada ; ils vont en Alberta, au Québec (…) ce mois-ci, ils sont en Ontario.» La remorque est équipée d’un bac rempli d’orge, avec une ouverture sur le dessus, d’où se déroulent les exercices.

Avec environ 100 pompiers volontaires dans la région de Nipissing Ouest, beaucoup d’entre eux concilient la formation avec leur travail et leur vie de famille. «Ce sont des volontaires, mais ils consacrent beaucoup de temps et d’efforts pour s’assurer d’être bien préparés. Cela mérite d’être reconnu,» de dire un participant.

Bien que toutes les personnes concernées espèrent que l’équipement ne sera jamais nécessaire, il est réconfortant de savoir qu’il sera sur place et que les intervenants locaux savent s’en servir. «J’espère que nous n’aurons jamais besoin de cet équipement,» a déclaré Mme Beaudry, «mais si c’est le cas, le sauvetage sera réussi et permettra de sauver une vie.»

Comme le résume Pascal Morin, «on se prépare au pire en espérant le meilleur.»

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