Isabel Mosseler
IJL – Réseau.Presse
Tribune
Lors de la réunion du conseil municipal de Nipissing Ouest le 6 mai, la maire Kathleen Thorne Rochon a annoncé que le gouvernement provincial lui avait accordé, à compter du 1er mai, des «pouvoirs de maires forts», une décision surprenante qui inquiète les conseillers quant aux conséquences sur la démocratie locale. «J’ai été surprise,» a déclaré Mme Thorne Rochon, ajoutant que ces pouvoirs lui avaient été accordés sans aucune consultation préalable. «Je crois en la démocratie et je crois au conseil.»
Les nouveaux pouvoirs, introduits par la province dans le cadre de la Loi de 2022 pour des maires forts et pour la construction de logements, permettent aux maires de certaines municipalités d’embaucher ou de licencier unilatéralement des cadres supérieurs, de préparer et de soumettre le budget municipal, et même d’opposer leur veto aux décisions du conseil liées aux priorités provinciales. Ces pouvoirs, initialement accordés uniquement à Toronto et à Ottawa en 2022, ont ensuite été étendus en 2023 aux villes de plus de 50 000 habitants, tout cela au nom de la promotion des priorités provinciales.
Le plus récent élargissement de la mesure capte encore plus de municipalités, et le Nipissing Ouest est devenue admissible simplement en raison de la taille de son conseil: huit membres plus un maire. L’administrateur municipal Jay Barbeau a confirmé le changement, expliquant qu’une disposition du projet de loi 34 étend les «pouvoirs de maires forts» aux chefs de conseil dont le nombre de conseillers se situe entre six et huit. «Il n’y a pas eu d’avertissement préalable, ni de consultation,» a déclaré M. Barbeau. «Ce n’est pas à la municipalité de décider si elle accepte ou non ces pouvoirs. C’est maintenant la loi.»
Mme Rochon a souligné qu’elle n’avait pas l’intention d’utiliser ces nouveaux pouvoirs, mais les membres du conseil ont exprimé de profondes réserves à l’égard de la législation. «Je pense qu’il s’agit d’une mesure antidémocratique,» a déclaré le conseiller Kris Rivard. «Nous sommes tous élus démocratiquement (…) Je pense que nous devrions exprimer nos préoccupations comme les autres municipalités qui ont écrit au ministre et au premier ministre.»
Le conseiller Rolly Larabie s’est inquiété des conséquences futures. «Disons que nous avons un maire différent au prochain mandat (…) tout d’un coup, cette personne pourrait arriver et avoir le droit de faire toutes ces choses sans consulter le conseil. C’est effrayant.» Le conseiller Daniel Gagné abondait dans le même sens : «Je ne suis pas d’accord. Cela supprime le processus démocratique. Nous avons été élus par le peuple, tous autant que nous sommes.»
La maire Rochon a répété qu’elle n’avait pas demandé ces pouvoirs et qu’elle n’avait pas l’intention de les exercer. Elle a cité un exemple immédiat: bien qu’elle ait désormais le pouvoir de nommer elle-même un directeur général de l’administration, elle a clairement déclaré qu’elle n’interviendrait pas dans le processus de remplacement de M. Barbeau, déjà en cours. «Je pense que l’embauche d’un directeur général devrait être une décision du conseil» a-t-elle assuré, ajoutant qu’elle a déjà renvoyé la question au comité d’embauche.
Pour conclure la discussion, le conseil a demandé au greffier de réunir des copies des lettres d’opposition d’autres municipalités, et la question reviendra à l’ordre du jour de la prochaine réunion des comités du conseil. Le conseil décidera alors s’il convient d’ajouter officiellement la voix du Nipissing Ouest au chœur croissant des préoccupations exprimées à la province par rapport à ces nouveaux pouvoirs. «Il y a encore beaucoup de choses que nous ne savons pas,» a déclaré la maire Thorne Rochon. «Mais je crois que nous devrions en parler tous ensemble, en tant que conseil.»







