La conférence AMRO s’avère fructueuse pour le Nipissing Ouest

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Christian Gammon-Roy

IJL – Réseau.Presse

Tribune

Le maire et quelques membres du conseil de Nipissing Ouest ont de nouveau participé à la conférence de l’Association des municipalités rurales de l’Ontario (AMRO), du 19 au 21 janvier à Toronto, afin d’échanger avec d’autres dirigeants municipaux et de rencontrer des ministres provinciaux pour leur faire connaître les préoccupations locales. Le maire Kathleen Thorne Rochon et les conseillers Kris Rivard, Rolly Larabie et Georges Pharand ont eu l’occasion de s’entretenir avec le ministre associé des Forêts et des Produits forestiers, Kevin Holland, ainsi que l’Honorable Kinga Surma, ministre de l’Infrastructure. La délégation locale en est ressortie avec de bonnes nouvelles pour le Nipissing Ouest : un engagement formel quant à la réfection du chemin Gibbons à River Valley, ainsi qu’une aide financière potentielle pour résoudre les problèmes d’eau à Verner.

Mme Thorne Rochon et M. Pharand affirment que la conférence est très utile. «On nous critique sur les réseaux sociaux parce que nous dépensons de l’argent pour assister à ces conférences, ce qui alimente l’idée fausse que nous y allons pour s’amuser aux frais des contribuables. Rien n’est plus faux,» insiste M. Pharand. Le maire estime que les gens devraient mesurer les coûts associés à ces conférences contre les fonds obtenus pour des projets municipaux. «Ce n’est pas seulement une question d’argent, mais aussi (…) de compréhension des règles et de la législation. Il s’agit de comprendre le fonctionnement du gouvernement provincial. (…) Lors de conférences comme AMRO, où nous avons des interactions directes avec le personnel et les instances politiques du gouvernement provincial, nous apprenons beaucoup sur les différents ministères et sur leur rôle au sein de la municipalité, sur la manière dont ils peuvent nous aider et sur les domaines qu’ils financent,» explique-t-elle.

Les élus soulignent également les possibilités de réseautage, M. Pharand déclarant, «Vous vous retrouvez dans une salle avec 2000 autres personnes issues d’environ 400 municipalités. Vous rencontrez d’autres élus qui ont les mêmes problèmes que vous et vous apprenez comment ils les ont résolus. C’est l’occasion de discuter de problèmes communs.»

Pour le maire, il s’agit aussi de refaire briller la réputation du Nipissing Ouest dans le Nord. «Certaines personnes ne s’en rendent peut-être pas compte, mais le Nipissing Ouest est la 7e plus grande municipalité du Nord de l’Ontario. Après les cinq grandes municipalités et Kenora, nous sommes la prochaine et nous devrions jouer un rôle de chef de file. Nous avons donc un rôle à jouer lorsqu’il s’agit de défendre les programmes, les services et le financement qui auront un impact positif dans tout le nord de l’Ontario. Même si nous ne sommes que 14 500 habitants, nous sommes considérés comme une grande collectivité dans le nord de l’Ontario,» explique-t-elle, ajoutant que son conseil s’est efforcé de rétablir la crédibilité du Nipissing Ouest, qui s’était érodée au cours du mandat du conseil précédent.

Bien entendu, l’un des principaux avantages de la conférence sont les rencontres en tête-à-tête avec les représentants provinciaux. «Pouvoir s’asseoir avec ces gens en face à face n’a pas de prix. Sinon, qu’allons-nous faire, envoyer une lettre? Les ministres n’ouvrent pas le courrier. La lettre ne leur parviendra que si leur personnel la leur soumet. Si nous ne sommes pas présents à ces conférences, ils ne nous entendront pas,» déclare M. Pharand. Il s’agit de mettre nos préoccupations directement sur leur radar, sans aucun intermédiaire. En général, cela permet d’entamer un dialogue qui peut éventuellement déboucher sur une solution ou un engagement plus tard. Toutefois, au cours de cette conférence, un engagement concret a été pris en ce qui concerne la réparation du chemin Gibbons.

«Le ministère des Richesses naturelles s’est engagé à entretenir les routes utilisées dans le cadre de l’exploitation forestière. Le fait que cette route serve encore à accéder aux zones de récolte de bois en a donc fait une priorité,» explique Mme Thorne Rochon. Selon elle, l’engagement à réparer la route était probablement déjà en cours, mais la délégation a pu insister sur son importance, accélérant peut-être l’échéancier. «Je ne me fais pas d’illusions en pensant que c’est grâce à mon charme qu’ils ont dit oui,» plaisante-t-elle.

Le chemin Gibbons est également une voie d’accès importante pour les résidents de River Valley en cas d’inondation. Comme l’explique le conseiller Larabie, une inondation majeure survenue en 1979 a rendu toutes les autres routes impraticables, à l’exception de Gibbons en raison de son élévation. Il ajoute que si les ponts permettant d’accéder au village ont depuis été surélevés par rapport aux niveaux d’eau de l’inondation de 1979, les autres routes seraient toujours sous l’eau si cela se reproduisait aujourd’hui.

Selon le maire, le conseiller Larabie insiste sur la réparation du chemin Gibbons depuis qu’il a retrouvé son siège au conseil, et elle salue son travail de revendication auprès du ministère. «Le système des quartiers électoraux fonctionne vraiment bien pour nous, parce que nous avons des gens qui connaissent bien leur territoire, et notre vaste étendue géographique rend cela très important. Je pense que le conseiller Larabie a beaucoup de mérite pour avoir soulevé la question. Sans lui, je ne pense pas que nous aurions eu la délégation ou le succès que nous avons eu, parce qu’il avait l’expérience nécessaire pour aider le personnel» à préparer le dossier, reconnaît-elle.

Les travaux sur la route devraient commencer dès que les conditions le permettront. Selon M. Larabie, les restrictions seront levées «entre le 15 juin et le 15 septembre afin de pouvoir accéder à l’eau, installer un ponceau et faire le nécessaire pour réparer la route» sans perturber la faune.

Bien que la deuxième délégation n’ait pas donné lieu à un engagement concret comme pour le chemin Gibbons, la réunion avec la ministre Surma inspire beaucoup d’optimisme. Juste avant la réunion, la ministre a annoncé un tout nouveau programme de financement d’infrastructure d’eau visant spécifiquement la santé et la sécurité. Selon le site Web du gouvernement de l’Ontario, «le gouvernement accueillera à compter du 12 février 2025 les demandes présentées dans le cadre du volet Santé et sécurité en matière d’eau de 175 millions de dollars (…) afin que les collectivités de toute la province aient accès à de l’eau potable et à des services d’eaux usées fiables et soient protégées en cas d’évènement météorologique extrême.»

Par coïncidence, cette annonce a été faite alors que la délégation locale se préparait à rencontrer la ministre pour évoquer les problèmes d’eau persistants à Verner. «Ce nouveau volet de financement correspond beaucoup mieux aux besoins de Verner. Le problème de l’eau à Verner n’est pas lié à la capacité du système en fonction de nouvelles constructions; nous avons besoin d’une eau propre et claire pour nos habitants. Nous espérons que notre demande de financement sera bien accueillie,» déclare le maire Thorne Rochon, précisant que les fonds attribués étaient jusque-là toujours liés à la création de nouveaux logements, excluant donc Verner.

Bien que ce nouveau volet de financement semble parfaitement adapté aux besoins de Verner, les membres du conseil restent réservés dans leur optimisme. «Nous ne devons pas nous réjouir trop vite, car 175 millions de dollars, ce n’est pas énorme,» souligne M. Pharand,  car ce montant doit être réparti entre de nombreuses municipalités à travers l’Ontario. Il attire l’attention sur Casselman, en particulier. «Ils ont exactement le même problème que Verner, mais ils ont besoin d’une canalisation beaucoup plus longue, et je pense que c’est beaucoup plus complexe. Je suppose qu’ils doivent acheter des terres à des agriculteurs. Leur projet se chiffre en dizaines de millions de dollars, (… soit) 40 ou 45 millions de dollars,» prévient-il.

De plus, le maire souligne que les coûts du projet local ont grimpé au fil du temps. Estimé à 10 millions de dollars en 2022, il est maintenant plus proche de 15 à 16 millions de dollars. Elle accuse «la même inflation que celle que vous et moi constatons à l’épicerie, à la pompe à essence ou dans les coûts de construction. Nous voyons cette explosion des coûts dans tous les domaines.» Cette inflation mettra encore plus de pression sur le nouveau programme de financement.

Cela dit, le fait d’envoyer une délégation à la conférence et de soulever les problèmes de Verner directement auprès de la ministre juste avant l’ouverture du processus de demandes, ça pourrait faire la différence pour le Nipissing Ouest. «Il y a eu un moment décisif au cours de cette rencontre lorsque j’ai sorti mon téléphone et que je lui ai montré une série de photos d’eau brune qui sortait des robinets à Verner, que les gens avaient affichées sur les réseaux sociaux au cours des dernières années. Rien qu’à sa réaction, j’ai su que j’avais réussi à la convaincre, elle et son équipe. Elle avait l’air horrifiée,» raconte Mme Pharand. Le conseiller Larabie mentionne également le choc de la ministre Surma lorsqu’elle a vu les photos de l’eau de Verner. «C’est comme si c’était devenu soudainement très réel à ses yeux,» ajoute-t-il, en espérant que cette preuve visuelle donne plus de poids à la demande de financement du Nipissing Ouest.

Mme Thorne Rochon ajoute que le projet est prêt à avancer au stade de construction, un autre facteur qui joue en sa faveur. «Nous avons effectué une grande partie du travail préparatoire. Nous disposons des études d’ingénierie, des rapports sur les différentes options et des raisons pour lesquelles la canalisation de l’eau est l’option la plus viable pour la communauté. Nous avons donc fait tout le travail de base,» précise-t-elle.

Autre point positif, le projet permettrait à la municipalité de réaliser des économies à long terme. Comme il est prévu d’acheminer l’eau à Verner depuis Cache Bay, qui est alimenté par l’usine de traitement des eaux de Sturgeon Falls, il ne serait plus nécessaire d’exploiter une deuxième usine à Verner, en payant l’Agence ontarienne des eaux (AOE) pour l’opérer. «Il est certain qu’il y aurait des économies à long terme en ce qui concerne les coûts d’exploitation et les défis liés au traitement de l’eau de la rivière Veuve. Il s’agit de l’une des sources d’eau les plus sales de l’Ontario, et rien de ce que nous ferons ne pourra assainir cette source d’eau,» explique Mme Thorne Rochon.

Malgré les économies à long terme, le maire est convaincu que le prix initial ne peut pas être absorbé par les seuls utilisateurs locaux. «Les infrastructures d’approvisionnement en eau et de traitement des eaux usées sont financées par les utilisateurs (…), et comme il y a beaucoup de ménages qui utilisent un puits, ils ne participent pas à ce coût,» explique-t-elle, ajoutant qu’il n’est pas possible de répartir une facture d’environ 15 millions de dollars entre les 3 300 utilisateurs de ce système. «Les gens peuvent dire que nous prenons notre temps, mais si nous investissons 15 millions de dollars de fonds municipaux dans ce projet, ce sont les utilisateurs qui paieront. Donc, sans financement d’un autre niveau de gouvernement, il faudrait compter des milliers de dollars par foyer,» conclut-elle.

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