
Christian Gammon-Roy
IJL – Tribune
Selon la municipalité de Nipissing Ouest et le ministère des Richesses naturelles et des Forêts (MRNF), les niveaux d’eau du lac Nipissing, de la rivière Sturgeon et d’autres cours d’eau de la région restent élevés, mais la situation s’est stabilisée au cours des deux dernières semaines et le pire est, de tout espoir, derrière nous. La municipalité tient à jour une page sur son site web consacrée aux inondations printanières, fournissant des informations sur les fermetures de routes, la disponibilité de sacs de sable et plus encore, au fur et à mesure de l’évolution de la situation.
Heureusement, la situation évolue de manière positive, l’eau ayant enfin commencé à baisser après un mois d’avril éprouvant marqué par des glissements de terrain, des fermetures de routes, des quais et des berges endommagés, ainsi qu’un retard dans le démarrage de la saison nautique. Le village de Field, qui n’est pas étranger aux inondations, a de nouveau subi les pires conséquences : le tronçon de la route 64 traversant la ville, artère principale à Field, a été submergé et fermé pendant plusieurs jours avant que l’eau ne se retire enfin, tandis que certaines parties des chemins Leduc et Ashburton sont restées fermées.
La déclaration d’urgence de la ville, émise le 18 avril, a été levée un mois plus tard, le 19 mai. Cependant, même si la crise est passée, les niveaux d’eau restent inquiétants. Le 14 mai, le MRNF a averti que les niveaux d’eau du lac Nipissing continuaient de «dépasser le niveau maximal sans risque de dommages», soit 196,22 m. De nombreux quais étant encore submergés ou juste au niveau de la ligne de flottaison, la ville et plusieurs pourvoyeurs de la région ont reporté l’ouverture de leurs marinas et de leurs rampes de mise à l’eau. En effet, la marina de la baie Minnehaha reste fermée, mais devrait ouvrir le 8 juin – un début de saison bien tardif – si la trajectoire à la baisse se maintient.
«Le problème avec le lac Nipissing, c’est que même si le niveau d’eau baisse, un vent de l’ouest peut provoquer des inondations à cause des vagues qu’il produit. Disons que l’eau ne déborde pas des berges, mais avec ces vagues l’eau monte et atteint les berges, causant des dégâts et de l’érosion,» explique Kris Rivard, conseiller municipal du quartier 1, qui habite justement au bord de la rivière Sturgeon près de la baie de Minnehaha.
Bien qu’elle soit isolée du grand lac Nipissing souvent houleux, M. Rivard explique que la rivière Sturgeon est aussi susceptible de subir de tels dégâts, notamment lorsque les plaisanciers provoquent des vagues dans leur sillage. «Hier soir, j’étais dans mon jardin et il y avait des Sea-Doos qui fonçaient à toute allure; je regardais les vagues s’écraser contre la rive où se trouve mon brise-lames, mais celui-ci est complètement submergé,» décrit-il. Outre les problèmes d’érosion, M. Rivard prévient que les structures situées le long du rivage vont subir des dommages en raison des vagues hautes. «Tous les hangars à bateaux sont encore en quelque sorte sous l’eau, alors vous pouvez imaginer qu’à chaque fois qu’un bateau passe, cela cause plus de dégâts que d’habitude, car cela frappe le revêtement du hangar,» décrit-il. Ainsi, même si l’eau ne dépasse pas nécessairement les limites de certaines propriétés, M. Rivard insiste que le niveau est suffisamment élevé pour parler d’inondation. «Les gens pensent que l’inondation signifie uniquement que l’eau dépasse le rivage, mais non, il s’agit de tout niveau élevé susceptible de causer des dégâts,» affirme-t-il.
Cela explique probablement pourquoi la municipalité a reporté la mise à l’eau de ses propres quais à la baie Minnehaha et ailleurs. «Je ne mets pas mon quai en place chez moi, car le courant est encore trop fort et le niveau de l’eau est tout simplement trop élevé. D’habitude, mon quai permanent dépasse d’environ 1,20 mètre au-dessus de l’eau; actuellement, il ne dépasse que de 60 centimètres au maximum. Ensuite, j’ai généralement une passerelle qui descend vers mon quai flottant, mais là, je parie que si je mettais mon quai flottant à l’eau, il se trouverait plus haut que le quai permanent. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Cela exercerait une pression bien plus forte sur le quai permanent, qui se balançerait avec un courant aussi fort, et chaque vague empirerait les choses,» explique M. Rivard. Il fait le parallèle avec les quais municipaux, plus grands et bien plus coûteux. Il pense que le personnel retarde l’ouverture de la marina pour éviter l’usure et les dommages inutiles, et faire économiser de l’argent à la ville à long terme. «À mon avis, c’est simplement pour protéger ces actifs, qui sont des quais coûteux,» conclut M. Rivard.
Le conseiller, qui travaille aussi pour l’Office de protection de la nature de North Bay-Mattawa, souligne que la fonte des neiges a manifestement contribué à la montée rapide du niveau d’eau, puis les précipitations sur un sol déjà saturé ont considérablement aggravé la situation. «Le sol avait à peine dégelé, voire pas du tout. Une fois saturé, il ne peut plus absorber d’eau, si bien que tout s’écoule directement vers les ruisseaux, les rivières et les cours d’eau (…) L’ensemble du bassin a simplement déversé trop d’eau d’un seul coup,» explique-t-il.
Il y a toutefois une bonne nouvelle. Ces derniers jours, le temps a été chaud et sec, et le niveau du lac semble baisser progressivement. «Il descend d’environ un ou deux centimètres par jour, ce qui fait une différence importante après quelques jours. Au bout de 5 jours, cela fait 10 centimètres, et en 15 jours, environ 30 centimètres,» souligne M. Rivard. Et bien que la marina de Minnehaha soit encore fermée pour l’instant, la municipalité a déjà réinstallé d’autres rampes de mise à l’eau et quais dans la région. Les rampes de Cache Bay, du lac Chebogan, du lac Muskasung et de la rue Holditch sont ouvertes. Les autres restent fermées tant que le niveau d’eau ne baisse pas plus, la ville indiquant que les plaisanciers peuvent utiliser certaines rampes publiques à leurs propres risques. Plusieurs pourvoyeurs locaux ont également ouvert leurs rampes de mise à l’eau ces derniers jours, permettant aux plaisanciers de profiter du beau temps récent.
Pourtant, M. Rivard espère que les résidents resteront patients et ne se précipiteront pas pour mettre leurs quais à l’eau. «Imaginons que les prévisions pour la semaine prochaine annoncent 30 cm de pluie 4 jours sur 7 : le niveau de l’eau remontera immédiatement au-dessus du rivage. Nous ne sommes pas encore sortis du bois; si la situation se détériore, nous serons dans le pétrin,» avertit-il, ne voulant pas voir les biens municipaux – et surtout les gens – mis en danger.






