Christian Gammon-Roy
IJL – Tribune
Les électeurs de Nipissing Ouest ont pu voir et entendre leurs candidats aux élections municipales s’affronter les 13 et 14 octobre, juste à temps pour l’ouverture du vote en ligne. Organisés par le North Bay and Area Realtors Association (Association des agents immobiliers de North Bay et région), Wild North Events et Riverwolf Ent., les débats se sont déroulés à la salle Marcel Noël de Sturgeon Falls au cours de ces deux soirées, et ont également été diffusés en ligne pour que les gens puissent les suivre depuis chez eux. Les candidats des circonscriptions 1 à 4, à l’exception d’un seul, étaient présents le premier soir (voir l’article précédent sur ce débat), tandis que la plupart des candidats des circonscriptions 6 à 8 ont débattu le deuxième soir. Les candidats à la mairie, Kathleen Thorne Rochon, Yvon Duhaime et Charles Desgroseilliers, étaient présents lors des deux événements. Les deux candidats de la circonscription 5, Kati Nicol et Chris Fisher, étaient absents, ayant décidé d’un commun accord d’assister plutôt à un souper au Club d’âge d’or à Field. Le candidat de la circonscription 6, Blake Watson; la candidate de la circonscription 7, Jeanette Laurin; et la candidate de la circonscription 8, Jo-Anne Cardinal, n’ont pas pu être présents.
La deuxième soirée de débat était animée par Bradley Aubin, annonceur radio. La première question portait sur l’équilibre entre le contrôle des dépenses et le maintien des services. Fernand Pellerin, conseiller sortant du quartier 7, a évoqué ses tentatives à faire réviser des projets d’envergure afin de les rendre moins coûteux, en réévaluant d’abord la nécessité d’une solution onéreuse. Rolly Larabie, du quartier 6, a raisonné qu’il faut des impôts pour payer les services et que, face à la hausse des coûts, les impôts doivent suivre le rythme pour maintenir les services auxquels les habitants s’attendent.
M. Desgroseilliers a évoqué la nécessité d’entretenir régulièrement les infrastructures afin d’éviter des réparations coûteuses résultant d’un manque d’entretien. Il souhaite également soutenir les bénévoles qui fournissent des services précieux à la ville sans que cela n’entraîne de coûts pour les contribuables. Mme Thorne Rochon a abordé la question de l’inflation et s’est rangée à l’avis de M. Larabie concernant son impact sur les coûts de prestation des services. Pour compenser cela, elle a souligné l’importance de solliciter des subventions et a mis en avant les résultats obtenus par le conseil municipal, qui a réussi à trouver des financements extérieurs pour de nombreux projets récents, tels que le parc Goulard, le pont Champlain et l’usine de traitement des eaux de Verner. Enfin, elle a noté que le Nipissing Ouest connaît une croissance démographique continue, ce qui contribue à l’augmentation de l’assiette fiscale. M. Duhaime souhaite optimiser le budget et a également évoqué la recherche de subventions, tout en soulignant que les hausses d’impôts doivent rester abordables.
Georges Pharand, du quartier 8, a expliqué que de nombreux coûts échappent au contrôle de la municipalité, citant notamment la Police provinciale de l’Ontario (OPP), le Conseil d’administration des services sociaux de Nipissing, le Bureau de santé de North Bay Parry Sound et district et Au Château, qui demandent tous une contribution fixe à la ville. Avec la hausse de ces coûts, il n’est pas possible de promettre une hausse d’impôts inférieure à 2% «comme l’a fait M. Duhaime,» sans réduire les travaux publics et les services, a-t-il rétorqué. M. Pellerin a saisi l’occasion pour contester cet argument, affirmant qu’il était possible de maintenir les services et de rester en dessous d’une hausse de 2% grâce à la croissance démographique et en optimisant les dépenses municipales. Enfin, Elise Willison, du quartier 8, a évoqué les subventions et la recherche d’opportunités de développement économique pour aider à augmenter les revenus municipaux.
La deuxième question a porté sur la stratégie de logement de 2023, qui a identifié un besoin de 400 nouveaux logements. Le modérateur a demandé quelles mesures les candidats prendraient pour accroître l’offre de logements abordables. De nombreux candidats sortants ont évoqué le projet de 45 logements, qui attirerait des personnes âgées et libérerait ainsi des maisons unifamiliales. Elise Willison et M. Pellerin ont recommandé la réduction des coûts pour les promoteurs immobiliers, afin qu’ils aient les moyens de construire, soit par le biais d’allègements fiscaux, soit en augmentant la densité de construction pour qu’ils puissent tirer davantage de revenus d’un même bien immobilier. M. Pharand a expliqué que le logement et le développement économique sont étroitement liés. M. Duhaime a abondé dans ce sens, évoquant un projet minier susceptible d’attirer de nombreux nouveaux travailleurs et contribuables – des recettes qui pourraient être réinvesties dans des projets de logements abordables.
M. Pharand a également souligné que le fait d’avoir des projets «prêts à démarrer» les place en tête de liste pour l’octroi de financements publics. Mme Thorne Rochon a rappelé les récentes modifications autorisant des unités d’habitation supplémentaires sur un même terrain et supprimant les minimums de taille des constructions, ouvrant ainsi la voie aux micro-maisons. Elle a également mentionné la vente de terrains municipaux à des promoteurs, assortie de conditions stipulant qu’ils doivent construire des aménagements présentant une valeur pour la communauté, tels que des logements, et ce dans des délais raisonnables. M. Larabie souhaite lutter contre les mentalités de type «pas dans mon jardin» et aider les habitants à comprendre que tout projet de logement est dans l’intérêt de tous.
La question de l’état des routes a été abordée, car il s’agissait d’un sujet récurrent dans les questions soumises aux organisateurs par le public. Mme Thorne Rochon a souligné que la municipalité est chargée d’entretenir plus de 500 km de routes. M. Duhaime a admis que l’entretien des routes resterait toujours un enjeu mais il a l’espoir de trouver des moyens de le rendre plus efficace. M. Pharand est entré dans les détails, soulignant que le quartier 8 compte à lui seul environ 70 km de routes, et qu’il souhaiterait que l’on épande davantage de chaux sur les routes de Lavigne. M. Pellerin a suggéré de profiler les routes afin d’augmenter leur durée de vie et de réduire les coûts d’entretien à long terme. Il a établi un lien avec la construction d’infrastructures, affirmant qu’un entretien préventif constitue la meilleure stratégie. M. Desgroseilliers a abordé la question sous un angle différent, en se penchant sur les infrastructures d’eau. Il a évoqué son travail sur la construction de la station d’épuration de North Bay et souhaite se rendre sur place pour examiner les installations de traitement des eaux locales, afin de déterminer comment elles peuvent être modernisées et améliorées.
La deuxième soirée de débat étant consacrée aux communautés extérieures à Sturgeon Falls, la question de l’équité et de la représentation rurale a été soulevée. M. Pharand voudrait voir l’extension du ramassage des ordures à Lavigne, car c’est la seule communauté qui ne bénéficie toujours pas d’un ramassage à domicile, a-t-il affirmé. Mme Willison souhaite une meilleure communication, des réunions publiques dans les communautés les plus rurales afin qu’elles se sentent écoutées et impliquées, en particulier si leurs habitants n’ont pas accès à Internet. Elle a également suggéré d’investir des fonds pour mettre en valeur ces communautés. M. Pellerin a déclaré que l’installation de feux de circulation et de panneaux de signalisation à Verner aiderait les habitants à se sentir en sécurité sur les routes. Il a également évoqué l’édifice municipal de Verner et son souhait de maintenir les services sur place pour les habitants, en particulier le cabinet médical local.
M. Duhaime a souligné que chaque habitant mérite un traitement égal, peu importe la zone municipale dans laquelle il habite. Mme Thorne Rochon a évoqué sa collaboration avec les organismes communautaires dans les zones plus rurales et l’aide qu’elle leur a apportée pour atteindre des objectifs importants. Elle a mentionné la patinoire couverte de Field, expliquant que le conseil municipal ne voulait pas voir les bénévoles contraints de réduire l’ampleur de leur projet en raison de la forte inflation, après avoir travaillé si fort à recueillir des fonds pendant des années. Les membres du conseil actuel ont donc accepté de combler le déficit et de mener ce projet à bien.
Le développement économique et l’emploi local ont de nouveau été abordés lors de la deuxième soirée. Les candidats ont une nouvelle fois évoqué les mesures incitatives destinées aux entreprises, mais aussi aux prestataires de services tels que les médecins, afin qu’ils s’installent ici et, par conséquent, rendent la ville plus attrayante aux nouveaux arrivants. M. Duhaime a ajouté qu’une certaine marge de manœuvre ou flexibilité dans la réglementation serait utile. M. Pharand a de nouveau abordé l’exploitation minière, en parlant plus précisément de l’exploration des minéraux de terres rares menée actuellement par Volta Metals. Mme Thorne Rochon a expliqué qu’il s’agissait de la seule mine de terres rares située aussi près des infrastructures, du gaz, des commodités «et l’où l’on peut se faire livrer une pizza!». Les deux candidats ont souligné qu’il existe des opportunités pour attirer de grands employeurs. Plusieurs candidats ont aussi parlé du manque de logements comme entrave au développement économique.
Comme lors de la première soirée, les candidats ont pu, pour conclure, présenter un sujet qui leur tenait à cœur. M. Duhaime a parlé des efforts déployés par l’Hôpital général de Nipissing Ouest pour se doter de nouveaux équipements et maintenir les services de santé sur place. Il espère soutenir davantage ces efforts et éviter aux habitants de devoir se rendre hors de la ville pour se faire soigner. Mme Thorne Rochon a de nouveau évoqué le réaménagement de la résidence Au Château, soulignant l’importance de moderniser cet établissement de soins qui ne répond plus aux exigences provinciales en matière de bâtiment. Elle a expliqué que les demandes de financement avaient été déposées, mais qu’il s’agissait d’un projet de 100 millions de dollars qui nécessiterait un important travail de lobbying pour aboutir. M. Desgroseilliers a évoqué un incident survenu au complexe d’appartements indépendants d’Au Château, où un ascenseur était hors service pendant plusieurs semaines, rendant la vie quotidienne très difficile aux résidents de cet immeuble de trois étages.
M. Larabie a déclaré que le sans-abrisme était un problème trop important pour que la municipalité puisse le gérer seule, et qu’il souhaitait plus d’aide de la part de la province. Il a aussi évoqué les investissements dans des installations de pickleball, affirmant que ce sport, qui connaît la plus forte croissance au monde, pourrait constituer un atout touristique pour la municipalité si celle-ci pouvait accueillir des tournois. M. Pellerin a indiqué que les habitants avec lesquels il s’était entretenu craignaient de «perdre l’ambiance d’une petite ville,» en particulier à la suite des discussions sur la réglementation des caravanes. Selon lui, les gens ne veulent pas de règles qui rendraient la ville trop semblable aux grandes agglomérations qu’ils ont quittées. Ce commentaire a suscité une réplique de M. Pharand, qui a mis les gens au défi de trouver, dans tout le Nord de l’Ontario, des règles relatives aux caravanes moins restrictives que celles du Nipissing Ouest. M. Pellerin a convenu avec M. Pharand que le conseil s’était finalement mis d’accord sur des restrictions peu strictes, mais seulement après avoir considéré des mesures bien plus sévères.
Mme Willison a abordé la question des transports, en particulier pour les résidents en fauteuil roulant ou à mobilité réduite, afin de les aider dans leurs activités quotidiennes, même s’ils vivent dans des zones plus rurales. Le dernier mot est revenu à M. Pharand, qui a évoqué l’itinérance, se disant surpris que ce sujet n’ait pas été abordé davantage. Il a expliqué que la municipalité verse 4 millions de dollars par an au CASSDN pour les services sociaux – dont il estime que 300 000$ sont consacrés à la lutte contre le sans-abrisme – mais les habitants ont le sentiment de ne pas en avoir pour leur argent. Il a toutefois averti que l’allègement des normes de logement n’est pas la solution au problème. Enfin, il a salué le travail de l’organisme d’aide aux sans-abris No More Tears, qui selon lui devrait recevoir un financement.
Une fois encore, la soirée s’est terminée sans heurts et les deux soirées de débat sont toujours disponibles en ligne, pour les électeurs de Nipissing Ouest qui évaluent actuellement leurs options. Le vote en ligne a débuté le 14 octobre et se poursuit jusqu’au 26 octobre.

