Christian Gammon-Roy
IJL – Réseau.Presse
Tribune
Sturgeon Falls fera l’objet d’un prochain épisode de la série documentaire Crossroads : Beyond Boom & Bust. Une équipe de tournage d’Alibi Entertainment, la société de production de la série, a parcouru la ville pour capter des images et interroger des personnalités locales pendant la semaine du 18 août, jusqu’en fin de semaine. La série porte sur des villes qui ont fait face à de grands défis suivant une catastrophe ou la perte d’une industrie importante, retraçant leur parcours, leur rétablissement et l’impact sur leur identité culturelle et leur économie. Jacob Ulrich, producteur de la série, a pris quelques instants pour parler de l’émission et de Sturgeon Falls comme sujet d’intérêt.
«Ce que nous faisons, c’est une chronique sur l’histoire de la ville, nous examinons ce qui a provoqué son essor, puis ce qui a fini par la faire échouer. Nous aimons revenir sur la situation actuelle de la ville et aussi parler de son avenir et des obstacles qui pourraient se dresser sur sa route. Cela nous amène au titre, Crossroads», qui veut dire croisée des chemins, explique M. Ulrich. Pour Sturgeon Falls, l’événement déterminant qui a marqué le destin de la ville, c’est la fermeture de l’usine Weyerhaeuser en 2002.
Le titre de l’émission est censé évoquer l’idée que la ville se trouve à un moment charnière où elle a tourné la page, mais où il lui reste encore du travail à faire pour réaliser sa vision d’avenir. «Nous aimons (…) montrer à notre public la situation actuelle de la ville et mettre en avant les personnes qui travaillent à son amélioration,» ajoute M. Ulrich, en mentionnant des personnes comme Gayle Primeau, responsable du comité d’embellissement de Sturgeon Falls. Mme Primeau a été interviewée dans le cadre de l’émission et son comité a été mis en avant pour son travail envers le progrès de la communauté.
De nombreuses villes de l’Ontario répondraient aux critères de l’émission, mais M. Ulrich dit que son équipe cherche des endroits uniques qui ont des parcours inhabituels. «Il y a plusieurs facteurs qui entrent en ligne de compte. D’abord et avant tout, c’est ce qui rend une ville unique à sa façon, et je pense que le fait que Sturgeon Falls soit une communauté principalement francophone dans le nord de l’Ontario est en soi unique. Ensuite, une fois que nous avons une sorte d’accroche, le plus important est d’entrer en contact avec les membres de la communauté pour recueillir leurs témoignages. Cette émission repose entièrement sur les histoires et les anecdotes personnels que les gens veulent bien partager avec nous en entrevue. Nous pourrions avoir une idée merveilleuse et une ville qui semble convenir parfaitement à la série, mais si nous commençons à faire des recherches et que les personnages ne sont pas convaincants, et que l’histoire n’est pas passionnante, alors nous n’avons pas vraiment d’émission.»
Selon M. Ulrich, Crossroads a débuté pendant la pandémie et compte deux saisons à son actif, disponibles en streaming sur le site web de TVO. «Les gens de TVO ont été les champions de la série. Ils y croient vraiment, c’est l’une de leurs émissions les plus populaires. (…) C’est très spécial et ils s’investissent énormément pour raconter ces histoires particulières, uniques et très ontariennes,» reconnaît le producteur. Tout commence par une recherche initiale sur la ville, puis l’épisode est proposé au télédiffuseur. Le projet de Sturgeon Falls a été retenu sans hésitation.
«Suite à notre présentation, la chaîne était très enthousiaste. Les épisodes précédents de Crossroads traitent de la culture linguistique et de la perte de cette culture dans les petites villes. Ce qu’ils nous ont demandé, c’était de trouver une nouvelle façon de raconter cette histoire. Ce qui les a vraiment réjouis, c’est qu’après avoir parlé à des membres du groupe Lighthouse, du Club Calumet et d’autres personnes de la ville, je pense qu’ils se sont rendu compte que c’est en racontant cette histoire de manière plus personnelle et intime qu’on la rendra plus forte. Il s’agit moins de se concentrer sur la vue d’ensemble, ce que nous faisons aussi évidemment, que sur la façon dont ces choses affectent les gens au quotidien,» décrit M. Ulrich.
«Les premiers groupes que nous contactons sont généralement les musées et les sociétés historiques locales, qui nous aident vraiment à étoffer l’histoire. Une fois que nous avons pris contact avec le musée Sturgeon River House, la ville s’est ouverte à nous et nous avons pu entrer en contact avec des personnages extraordinaires,» explique M. Ulrich. Il ajoute que les producteurs de l’émission ont commencé à remarquer une tendance dans le point de vue des gens. «Il y a des gens qui aimeraient que la ville s’agrandisse, mais en même temps, cela pourrait conduire à la dilution de la culture francophone, ce (…) qu’ils ne veulent pas. C’est l’un des dilemmes que nous avons trouvé le plus intéressant dans le cas de Sturgeon Falls,» explique-t-il
Par exemple, il mentionne une entrevue qui sera présentée dans l’épisode. Il ne donne aucun nom, mais décrit un homme de la communauté LGBTQ+ francophone qui voudrait bien trouver un partenaire francophone à Sturgeon Falls. «Ils veulent avoir ces options, ils veulent développer cette communauté LGBTQ+, mais le coût potentiel d’un influx de personnes nouvelles, c’est que la culture francophone se dilue. Nous ramenons la question à ces enjeux personnels, à ces familles mixtes qui cherchent une communauté élargie, et la façon dont ces recherches se heurtent à leur désir de garder leur culture linguistique intacte.»
Si cette menace à la langue est un thème important, M. Ulrich admet qu’ils ont également remarqué l’inverse de cette tendance. «Quelques-uns des nouveaux arrivants interviewés disent qu’ils arrivent en ville, se rendent compte de la situation et commencent à apprendre le français parce qu’ils veulent partager cette culture, et ils estiment que la meilleure façon de s’intégrer à la communauté, c’est de l’adopter,» souligne-t-il. Il ajoute que le français «semble très intégré au tissu de la ville,» tout en restant «très accessible.»
M. Ulrich évoque aussi l’importance de la proximité avec la Première nation Nipissing. «Je ne pense pas que nous puissions raconter l’histoire de Sturgeon Falls sans tenir compte du point de vue des Autochtones. Nous essayons d’entrer en contact avec eux et, à tout le moins, nous veillerons à ce que des personnes bien informées vérifient les faits historiques que nous présentons,» dit-il. Il mentionne que plusieurs personnes interviewées jonglent avec diverses identités culturelles dans cette communauté, qu’il s’agisse de personnes franco-queers ou métisses ou autres.
M. Ulrich et l’équipe d’Alibi Entertainment sont impatients de revoir les images des cinq jours de tournage à Sturgeon Falls. «Tout ce que j’ai entendu sur le plateau jusqu’à présent est très bon,» s’enthousiasme le producteur. Alors que le tournage vient de s’achever, il prévient que l’étape de postproduction peut durer plusieurs mois. «Nous n’avons pas encore de date de diffusion. Je pense qu’elle sera diffusée au début de l’année 2025, mais ce n’est qu’une estimation. Nous avons eu environ deux mois de préproduction, cinq jours de production et, lorsque nous entrons en postproduction, il nous faut encore deux mois pour mettre les scènes en séquence de manière à bien raconter l’histoire (…) pour les téléspectateurs. Selon notre calendrier actuel, la production et la postproduction devraient être terminées d’ici la fin de l’année, et TVO mettra ensuite l’émission à son horaire,» explique-t-il.
M. Ulrich est confiant que l’épisode de Crossroads consacré à Sturgeon Falls vaudra bien l’attente. «J’ai le sentiment que ce sera un très bon épisode.»

