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Les urgences menacées de fermeture à l’Hôpital général de Nipissing Ouest

Dawn Morissette, présidente-directrice générale de l’Hôpital général de Nipissing Ouest.

Le manque de personnel persiste, mais la directrice voit la lumière au bout du tunnel

Christian Gammon-Roy

IJL – Réseau.Presse

Tribune

Le service des urgences de l’Hôpital général de Nipissing Ouest a évité de justesse la fermeture le mercredi 2 juillet. Bien que l’hôpital ait réussi à combler ses besoins en personnel pour garder le service ouvert, les résidents ont été étonnés de voir un message du Centre régional de santé de North Bay le 1er juillet, avertissant de la fermeture des urgences au Nipissing Ouest et des temps d’attente qui en résulteraient dans la région de North Bay. L’avis a été mis à jour peu de temps après sa publication, pour indiquer que le service des urgences de Nipissing Ouest resterait en fait ouvert. Bien que le pire ait été évité au final, c’est la première fois que l’hôpital local passe si près d’une fermeture de ses urgences. Or, selon la présidente-directrice générale de l’hôpital, Dawn Morissette, la dotation en personnel reste une préoccupation constante et la menace de fermeture plane toujours.

«Nous faisons de notre mieux chaque jour, mais il y a un risque de fermeture. C’est une réalité avec laquelle nous jonglons tous les jours. Nous sommes reconnaissants qu’à chaque fois, quelqu’un s’avance à nouveau pour combler le manque, et pas seulement une ou deux fois. Ils le font encore et encore. Cette dernière menace de fermeture n’est pas la première fois que nous sommes passés près, et ce ne sera pas la dernière fois. Nous travaillons avec nos partenaires, nous travaillons avec nos équipes, nous allons voir si nous pouvons trouver une infirmière praticienne pour nous aider un peu et alléger le volume. Nous allons étudier toutes sortes de solutions. Nous ne cesserons jamais de chercher des solutions et nous ferons tout pour que cet endroit reste ouvert 24 heures sur 24, 7 jours sur 7,» déclare Mme Morissette.

Comme elle le mentionne, le nœud du problème réside dans la dotation en personnel pour couvrir les urgences 24 heures sur 24, tous les jours. La directrice insiste sur le fait que son personnel habituel fait tout ce qu’il peut et plus encore. «Nous avons un groupe régulier qui travaille très fort et qui fait tout pour garder cet endroit ouvert. Nous sommes donc très reconnaissants envers nos médecins locaux et nos suppléants réguliers, mais nous comprenons qu’ils aient besoin d’aide. Je tiens à préciser qu’il n’est jamais question que nos médecins locaux ne prennent pas assez de gardes ou ne font pas assez de travail. Les médecins de famille de notre communauté travaillent très dur, ont de grands cabinets, voient beaucoup de patients, et font donc leur part. Nos médecins urgentistes font leur part. Nos hospitaliers font leur part. Nous n’en avons tout simplement pas assez, c’est pourquoi nous avons convoqué à nouveau le comité de recrutement et nous devons recruter,» explique Mme Morissette.

Si le recrutement est la réponse évidente à ce problème, il ne s’agit pas d’une solution simple, selon la directrice. Tout d’abord, la saison de recrutement ne commence pas avant l’automne, ce qui signifie qu’il faut traverser l’été – une période difficile si l’on considère que la population locale augmente en raison des résidents saisonniers. De plus, la pénurie de personnel médical est un problème systémique qui ne se limite pas au Nipissing Ouest. Mme Morissette souligne que tous les hôpitaux de l’Ontario manquent de personnel, en particulier de médecins, donc l’Hôpital général de Nipissing Ouest doit rivaliser avec tous les autres hôpitaux de la province pour recruter. Cependant, elle est persuadée que le Nipissing Ouest est un choix attrayant. «Vous avez la vie d’une petite ville avec les commodités d’une grande ville, c’est incroyablement attrayant. Vous avez de multiples options pour pratiquer la médecine ici,» décrit-elle, en mentionnant l’Équipe de santé familiale et le Centre de santé communautaire de Nipissing Ouest.

«Ce qui s’est passé, c’est qu’il y a plusieurs années, dans tout l’Ontario, nous n’avons pas augmenté le nombre de places ou le nombre de diplômés» dans les écoles de médecine. Or, les médecins assument de plus en plus de tâches au fil du temps et les listes de patients s’allongent avec une population qui croît, vieillit et vit plus longtemps, souligne-t-elle. «Le gouvernement actuel et le gouvernement précédent ont remédié à cette situation et nous formons de plus en plus de médecins et nous ouvrons davantage d’écoles de médecine. Nous faisons de même avec les infirmières praticiennes, les infirmières, les techniciens de laboratoire et tous les professionnels de base. Mais cela prend du temps, et nous n’en sommes pas encore là. Entre le moment où nous avons commencé à produire plus de diplômés et le moment où ils sont prêts à exercer, il pourrait s’écouler au moins six ans. Cela prend du temps, donc nous n’en verrons pas les bénéfices [tout de suite], et lorsqu’ils seront diplômés, nous aurons besoin d’eux pour enseigner puisque nous avons ajouté d’autres [programmes],» explique la directrice.

En attendant que ces mesures portent fruits, le gouvernement a reconnu qu’il fallait des moyens pour aider les hôpitaux à tenir le coup, ajoute-t-elle. «Le gouvernement provincial a mis en place un certain nombre de programmes à cet effet, dont le Programme de suppléance dans les services d’urgence (PSSU). Il dispose d’une liste de personnes qui ont accepté d’effectuer des gardes d’urgence dans toute la province, et ces médecins sont rémunérés pour leur volonté d’effectuer des gardes en dehors de leur région. Nous avons beaucoup compté sur ce programme et sur un certain nombre d’autres programmes provinciaux pour éviter les fermetures,» explique Mme Morissette. Bien qu’elle n’ait pas précisé le coût de ces mesures, elle pose plutôt la question suivante : «Je retournerais la question en demandant ce qu’il en coûterait de ne pas le faire. Nous n’avons pas le choix car nous voulons vraiment que notre service des urgences reste ouvert. Le gouvernement fournit des programmes qu’il finance, nous faisons notre part, tout le monde fait sa part pour maintenir les services. Le plus important, c’est de maintenir les services disponibles pour les citoyens de Nipissing Ouest, c’est mon objectif principal.»

Puis la directrice se permet un peu d’optimisme, indiquant que les efforts de recrutement ont été fructueux dans presque tous les autres services, ce qui a permis de commencer à redresser les finances de l’hôpital. «Notre déficit n’est pas aussi élevé cette année, nous sommes au milieu des délibérations budgétaires pour savoir où nous en sommes exactement (…). Cette année, dans nos états financiers, nous étions à 900 000$ [de déficit]. Ce sera un peu moins grâce à des rentrées de fonds, donc nous sommes loin d’être dans la position où nous étions il y a quelques années,» assure Mme Morissette, comparant les trois dernières années avec leurs déficits de 2 à 3 millions de dollars par an.

L’un des principaux facteurs à l’origine de ces déficits était le recours à des infirmières intérimaires, à un taux beaucoup plus élevé que le coût du personnel local. L’embauche d’un plus grand nombre de personnes locales a permis de réduire considérablement cette dépendance, et Mme Morisette explique que d’autres avantages en ont découlé. «Comme nous sommes en mesure d’embaucher plus de personnel, nous avons moins d’heures supplémentaires, ce qui est également très coûteux. Il s’agit du personnel dans son ensemble, et pas seulement des infirmières. (…) La réduction des heures supplémentaires, des congés de maladie et des services de relève intérimaire est très utile» tant sur le moral des employés moins fatigués que sur les finances de l’hôpital, décrit-elle.

Mme Morissette souligne aussi de nouveaux investissements dans les soins primaires, qui devraient aider plus de personnes à trouver un médecin de famille et réduire leur dépendance sur les services d’urgence. «Nous sommes très favorables aux investissements dans le secteur des soins primaires. Nous avons deux excellentes équipes ici, le centre de santé communautaire et l’équipe de santé familiale, et si nous finançons les soins primaires de manière adéquate, les personnes qui viennent à l’hôpital seront celles qui doivent vraiment venir à l’hôpital plutôt que celles qui seraient mieux vues ailleurs,» explique-t-elle. «Peu importe où les investissements sont faites dans le système, nous en bénéficierons tous.»

En ce qui concerne le recrutement et l’éducation, Mme Morissette semble optimiste quant aux possibilités de convaincre les résidents et stagiaires actuels et futurs de rester dans la région. «Nous avons eu l’occasion d’avoir des conversations très productives avec des personnes qui ont suivi une formation chez nous ou qui sont originaires d’ici,» mentionne-t-elle. Mme Morissette évoque des «perspectives très prometteuses dans un avenir proche» et prévoit d’accueillir encore plus d’apprenants l’année prochaine. «Les résidents font partie de la solution, car les personnes qui font leur résidence ici ont plus de chances de revenir,» explique-t-elle.

Il y a de l’espoir à l’horizon pour l’hôpital local, mais cet horizon peut sembler un peu lointain pour l’instant. Lorsqu’on lui demande si son personnel peut voir la lumière au bout du tunnel, Mme Morissette compatit. «Je n’en sais rien. Je dis cela parce que nous avons eu des conversations sur le recrutement et sur ce que nous devons faire et où nous devons aller, mais je pense que pour l’instant ils sont juste dans le feu de l’action et cela doit être difficile.» La situation reste précaire dans l’immédiat, mais comme le souligne Mme Morissette, les habitants doivent beaucoup au personnel de l’hôpital qui se consacre sans relâche au maintien des services.

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