La collectivité n’a été ni consultée, ni informée avant la décision
Christian Gammon-Roy
IJL – Tribune
Le Collège Boréal a récemment annoncé que les cours postsecondaires en présentiel sur le campus Nipissing à Sturgeon Falls ne seraient plus dispensés à partir de la prochaine année scolaire, certaines classes passant exclusivement en ligne et d’autres étant proposées en présentiel sur le campus de Sudbury. La nouvelle a été un choc pour la population locale, qui comptait sur le collège soit comme une option moins coûteuse que de faire la navette ou déménager pour étudier à l’extérieur, soit comme une source de stagiaires et de futurs employés pour les entreprises et organismes de la région.
La question a été soulevée lors de la réunion du conseil municipal de Nipissing Ouest le 5 mai, la maire Kathleen Thorne Rochon évoquant une rencontre avec plusieurs organismes touchés qui ont acheminé une lettre, le lundi 11 mai, exprimant leurs préoccupations face à cette décision. De leur côté, les responsables du Collège Boréal insistent qu’il ne s’agit pas d’un changement radical, car une grande partie des inscriptions locales étaient déjà pour des cours en ligne, et le collège compte maintenir ses stages en milieu de travail chez les employeurs locaux.
«Parmi les personnes inscrites à des cours au Collège Boréal au Nipissing, 50% suivent des cours en ligne et 50%, en présentiel. Quand je parle de présentiel, cela représente environ 14 à 18 étudiants ces dernières années, contre 9 à 20 étudiants suivant un enseignement à distance,» explique le président du Collège Boréal, Daniel Giroux, qui a pris le temps de discuter du changement cette semaine. Selon M. Giroux, le passage à l’apprentissage en ligne est une tendance qui ne cesse d’accélérer, un nombre croissant d’étudiants préférant cette option. Il ajoute que cette évolution n’aura pas d’incidence sur la disponibilité locale de la plupart des cours, car ceux-ci seront proposés en ligne et donc accessibles de n’importe où.
Cela dit, tous les cours ne pourront pas faire l’objet de cette transition. M. Giroux avoue que le programme de soins infirmiers auxiliaires ne peut pas être offert en ligne, mais il souligne que cela ne touche que trois étudiants actuellement inscrits sur le campus local. Selon le président, cette transition contribuera à rationaliser les opérations et à rendre le collège plus efficace.
Lorsqu’on lui demande de commenter l’impact sur les employeurs qui comptent sur Boréal pour attirer la prochaine génération de travailleurs dans des domaines essentiels comme la santé et les services sociaux, y compris les étudiants en stage dont le besoin se fait cruellement sentir, M. Giroux répond que cela restera une priorité. «Pour nous, les stages sont toujours importants, et les employeurs nous le confirment. Nous maintiendrons sans aucun doute les stages au Nipissing Ouest, c’est très important,» assure-t-il. M. Giroux ajoute que l’apprentissage en ligne permettra aux étudiants de rester au Nipissing Ouest pour suivre leurs cours, tout en étant proches du lieu où ils effectueront leurs stages. «Nous offrons la possibilité aux gens de rester dans leur communauté pour suivre leurs cours, et de faire leurs placements dans leur communauté,» déclare-t-il.
M. Giroux affirme qu’en rationalisant la manière dont les cours sont dispensés, son établissement sera même en mesure d’améliorer le soutien apporté aux étudiants et aux employeurs. «Nous avons créé ce que nous appelons un Centre de placements. […] Leur mandat c’est d’aller chercher des placements, d’appuyer les placements, et d’appuyer les personnes qui sont dans leur placement,» explique-t-il, reconnaissant que de nombreux étudiants restent là où ils ont effectué leur stage – un outil de recrutement important. M. Giroux estime qu’avec ce soutien supplémentaire, le Nipissing Ouest pourrait devenir un incubateur d’emplois très important pour Boréal, permettant d’y envoyer ses étudiants et, même, d’attirer des personnes d’autres régions vers la communauté.
Le campus de Boréal à Sturgeon Falls ne compte pas que des cours postsecondaires, et M. Giroux précise que tous les autres services et programmes restent en place. Les services d’emploi et les programmes d’alphabétisation des adultes continueront d’être proposés sur le campus local, en présentiel, assure-t-il.
Les acteurs locaux ne sont ni consultés, ni informés
Alors que M. Giroux voit ce changement d’un bon œil, les acteurs locaux se sont sentis pris au dépourvu par l’annonce surprise, et la maire a rédigé une lettre à M. Giroux pour lui faire part de leurs préoccupations, notamment le fait que la décision ait été prise sans consultation ni avertissement préalable. «Cette annonce a été une surprise non seulement pour moi en tant que maire, mais aussi pour de nombreux partenaires communautaires de longue date qui travaillent en étroite collaboration avec le Collège Boréal depuis des années pour soutenir l’enseignement en français et le développement de la main-d’œuvre dans notre région. Des organisations telles que l’hôpital général de Nipissing Ouest, Au Château, des employeurs locaux et nos écoles secondaires francophones ont entretenu de solides relations de collaboration avec le collège et n’étaient pas au courant qu’un changement aussi important au niveau des services était envisagé,» a écrit la maire Thorne-Rochon. «Il y a quelques semaines à peine, des élèves de nos deux écoles secondaires francophones visitaient le campus de Sturgeon Falls et exploraient les possibilités de poursuivre des études postsecondaires localement grâce aux programmes du Collège Boréal,» a-t-elle ajouté.
Le président affirme que l’absence de consultation était délibérée. «Une chose que j’ai apprise, c’est que lorsque l’on prend des décisions comme celle-ci, ce genre de consultations générales ne fait que rendre les gens plus nerveux,» répond M. Giroux.
La lettre de la maire mentionne également le bureau de North Bay récemment ouvert par le Collège Boréal. Ce bureau offre des services d’accueil et d’insertion professionnelle aux immigrants, et M. Giroux assure qu’il n’a rien à voir avec les programmes d’enseignement supérieur et n’a eu aucune incidence sur les coupures au Nipissing Ouest. Outre son campus principal à Sudbury, le Collège Boréal offre des études postsecondaires à partir de campus à Hearst, Kapuskasing, Timmins et, plus récemment, à Toronto et Ottawa. Le campus local est le seul dont l’arrêt des cours en présentiel est prévu.
La maire trouve cela regrettable, invoquant les répercussions sur les employeurs, les étudiants et la communauté au sens large. «La perte continue d’opportunités éducatives locales contribue à l’exode des jeunes et affaiblit la vitalité des communautés francophones comme le Nipissing Ouest, qui ont travaillé dur pendant des générations pour préserver et développer la culture, les services et les institutions francophones,» écrit-elle. Mme Thorne Rochon ajoute que «de nombreux jeunes sont confrontés à des difficultés financières, liées au transport, à la famille [ou autre…], qui rendent difficile, voire irréaliste, le déménagement dans une autre communauté pour poursuivre leurs études. L’accès à un enseignement local abordable (…) est l’un des moyens les plus sûrs de réduire la pauvreté intergénérationnelle, de renforcer les communautés et de soutenir le développement économique à long terme.»
Bien qu’aucune consultation n’ait eu lieu avant l’annonce, les parties prenantes espèrent tout de même que des discussions soient encore possible. «Notre communauté reste déterminée à travailler de manière constructive avec le Collège Boréal afin d’identifier des solutions qui favorisent à la fois la viabilité du collège et le maintien d’opportunités postsecondaires significatives à Sturgeon Falls. Nous disposons d’un groupe de partenaires engagés, prêts à collaborer avec le collège pour mieux comprendre les défis sous-jacents à cette décision et explorer des approches innovantes susceptibles de maintenir ou de renforcer l’offre de services locale,» d’écrire Mme Thorne-Rochon, en demandant une réunion avec les responsables du collège pour discuter du sujet.
À ce jour, aucune réunion en ce sens n’a été convoquée.

