La maire de Nipissing Ouest discute des enjeux locaux avec la chef du NPD

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La chef du parti néo-démocrate de l’Ontario, Marit Stiles (à gauche), et la maire de Nipissing Ouest, Kathleen Thorne Rochon, ont pris un café ensemble au Tim Hortons de Sturgeon Falls le 16 décembre. Elles ont discuté des priorités et des enjeux auxquels sont confrontées les communautés du nord de l’Ontario.

Les conservateurs défendent leur engagement envers le nord de l’Ontario

Christian Gammon-Roy

Tribune – IJL

Le nord de l’Ontario s’est souvent senti ignoré par Queen’s Park, et le NPD, parti d’opposition, le souligne fréquemment dans ses critiques à l’égard du parti conservateur au pouvoir. Le député provincial local John Vanthof et, plus récemment, la chef de son parti Marit Stiles ont mis l’accent sur les priorités du nord lors d’une tournée dans la région, tandis que le premier ministre de l’Ontario Doug Ford et le député de Nipissing Vic Fedeli ont défendu le bilan des conservateurs en matière d’investissements dans le nord.

La maire de Nipissing Ouest, Kathleen Thorne Rochon, s’est entretenue avec Mme Stiles le 16 décembre au restaurant Tim Hortons à Sturgeon Falls. Selon la maire, leur conversation a porté sur les enjeux qui touchent les municipalités et les habitants du nord de l’Ontario.

«Le vendredi après-midi, j’ai reçu un texto du bureau de Mme Stiles me demandant si j’étais disponible le mardi matin, car elle allait passer en voyageant de North Bay à Sudbury pour un événement officiel. Ils voulaient savoir si j’avais le temps de prendre un café et de discuter,» raconte Mme Thorne Rochon. Selon la maire, la chef du NPD a une bonne compréhension des enjeux du nord de l’Ontario, ce qu’elle attribue aux nombreux élus néo-démocrates du nord qui transmettent les préoccupations locales à la chefferie.

La maire indique qu’elles ont discuté de soins de santé, compte tenu des récentes mises à pied à l’hôpital régional de North Bay et des difficultés d’accès aux services de santé dans le nord. Elles ont également parlé d’éducation, «compte tenu des problèmes au conseil scolaire Near North District et du fait que le ministre ait pris le contrôle du conseil. C’est préoccupant de voir les voix locales écartées d’un sujet aussi important que l’éducation,» souligne Mme Thorne Rochon. Tout en admettant que le conseil scolaire avait des lacunes à combler et que l’intervention de la province était nécessaire, Mme Thorne Rochon a évoqué avec Mme Stiles «la nécessité de veiller à ce que ce type de mesure reste temporaire, afin de stabiliser les organisations, et que ça ne devienne pas une orientation politique à long terme de la part du gouvernement provincial» pour saisir plus de contrôle.

Bien sûr, les questions d’infrastructure et de la sécurité routière ont été abordées, car ce sont des sujets de préoccupation incontournable pour les habitants du nord de l’Ontario, influant sur tous les autres domaines importants. La maire a insisté sur l’insuffisance du financement pour les infrastructures municipales, non seulement les routes mais aussi les systèmes d’égouts et d’approvisionnement en eau, un sujet particulièrement épineux ici compte tenu des problèmes d’eau qui persistent depuis des années à Verner. «Ce type de projets est tellement coûteux qu’il est impossible pour une municipalité de les financer sans l’aide du gouvernement provincial,» insiste-t-elle.

Enfin, la maire conclut que la conversation a été courte mais utile. «C’était juste une discussion informelle, et parfois ce sont les conversations les plus agréables, car on peut aborder tous les points sans que ce soit trop structuré et restreint, et on peut vraiment exprimer notre réalité,» décrit-elle, qualifiant Mme Stiles de «très bien informée sur les défis spécifiques du nord de l’Ontario.»

La sécurité routière, John Vanthof n’en démord pas

Souhaitant développer les points soulevés par sa chef, le député provincial de Timiskaming-Cochrane, John Vanthof, évoque les dossiers chauds qu’il entrevoit en 2026. Comme toujours, il consacre beaucoup de temps et d’énergie à revendiquer l’amélioration des routes du nord, et il admet qu’on lui a reproché son «obsession» pour ce sujet. Or, il estime que cet enjeu influe sur bien d’autres et mérite donc son attention. «Tout ce que l’on fait dans le nord de l’Ontario finit par dépendre de notre réseau routier provincial. Que vous alliez à un match de hockey, que vous emmeniez vos enfants au hockey, que vous rendiez visite à votre mère, que vous alliez à l’hôpital, cela implique toujours d’une manière ou d’une autre un moyen de transport, et ici, nous ne prenons pas le métro, nous ne prenons pas le TTC, nous prenons l’autoroute,» rétorque-t-il.

Au-delà des risques d’accidents routiers et de blessures, M. Vanthof affirme que la mauvaise sécurité routière constitue un obstacle au développement économique, contredisant la vision citée du gouvernement provincial visant à «ouvrir le nord de l’Ontario aux affaires,» comme le proclame le slogan du Parti conservateur de Doug Ford. M. Vanthof affirme que sa nouvelle approche pour faire avancer ce dossier, c’est justement de souligner l’impact économique pour enfin toucher la corde sensible des conservateurs. «Je continue à parler des routes autant que je l’ai toujours fait, mais je ne mets plus autant l’accent sur les accidents et les décès, car je le fais depuis des années et cela ne semble pas avoir d’effet. Bien que les accidents et les décès soient la chose la plus importante, je mets désormais l’accent sur le coût économique pour la province et le ralentissement du développement dans le cercle de feu,» explique M. Vanthof.

Il ajoute que les mauvaises routes entravent aussi le recrutement de professionnels dans le nord. «Essayez de convaincre un médecin de s’installer ici après avoir emmené sa famille faire quelques voyages sur l’autoroute 11 dans le nord de l’Ontario,» lance-t-il comme défi.

Le fait de soulever l’impact économique semble porter fruit, remarque M. Vanthof. «Lorsque j’ai signalé à l’Assemblée législative que l’autoroute reliant North Bay à Cochrane avait été fermée pendant 32 jours au total entre janvier et septembre, cela a fait des vagues. On voyait bien qu’ils n’étaient tout simplement pas au courant, et maintenant, entre septembre et décembre, ce chiffre va encore augmenter,» explique-t-il. «Si nous parvenons à leur faire comprendre qu’il s’agit de la [route] transcanadienne, dont dépend nos entreprises et nos services, non seulement dans le nord de l’Ontario mais dans tout le pays, nous pourrons peut-être faire bouger les choses.»

Néanmoins, M. Vanthof admet qu’il n’y a pas de solution miracle. «Lorsque j’ai été élu pour la première fois, en 2011, les autoroutes étaient déjà notre principale préoccupation, mais il s’agissait alors d’un problème assez simple. Les routes n’étaient tout simplement pas bien entretenues, les contrats de service étant insuffisants. Nous avons fait pression, et je reconnais qu’il faut rendre à César ce qui appartient à César, des améliorations ont été apportées, mais aujourd’hui, le problème est beaucoup plus complexe. Il n’y a pas une seule solution pour y remédier. Certains chauffeurs professionnels n’ont pas la formation nécessaire pour conduire ici; les routes n’ont pas été conçues pour supporter le volume de circulation que nous avons maintenant; [et] je ne pense pas que les contrats actuels soient suffisants pour assurer l’entretien adéquat des routes. C’est un problème à multiples facettes,» explique le député.

Selon lui, il faudrait commencer par un élargissement de l’autoroute. «Dans le sud de l’Ontario, je conduis sur des routes de campagne qui sont (…) mieux que l’autoroute 11 ici,» déclare-t-il, ajoutant que les habitants du nord voudraient bien voir une autoroute à deux voies plus une voie supplémentaire se concrétiser dans la région.

Selon M. Vanthof, le premier ministre Ford lui-même s’est rendu dans la circonscription pendant la récente campagne électorale pour annoncer la prolongation du projet pilote initial de 2+1 voies qui avait été précédemment annoncé pour l’autoroute 11. Cependant, il souligne que les électeurs avaient du mal à y croire, puisque le premier projet n’avait jamais été achevé, «alors comment pouvez-vous le prolonger?»  Néanmoins, le député reconnaît que les travaux d’ingénierie sur le premier tronçon sont désormais terminés et qu’un panneau a été érigé pour annoncer la mise en œuvre prochaine. «Un panneau, c’est un pas en avant, mais en attendant nous continuons à perdre des vies, et un panneau ne va pas les sauver,» insiste-t-il.

Manque de planification et d’argent pour l’infrastructure

Au-delà des autoroutes, M. Vanthof se dit d’accord avec les priorités générales du gouvernement Ford qui souhaite ouvrir la province aux entreprises, attirer les investissements et créer des emplois. Cependant, il estime que celui-ci néglige un aspect important du plan. «L’une des choses qu’ils ne prennent pas en compte ou ne comprennent pas, c’est que ce qui attire les entreprises, les personnes et les investissements dans notre province, c’est un pilier social solide. Donc, des écoles solides, des infrastructures solides, un système de santé solide. (…) Il ne suffit pas d’attirer les entreprises, leurs employés ont également besoin d’une structure sociale solide,» affirme-t-il.

Le logement est un autre atout majeur pour attirer des entreprises et du talent dans le nord, mais M. Vanthof estime que les problèmes d’infrastructures municipales constituent un obstacle à la construction d’un nombre suffisant de logements. «De nombreuses municipalités n’ont pas les moyens d’entretenir leurs infrastructures, et il faut établir un véritable partenariat avec elles afin qu’elles puissent planifier et moderniser leurs infrastructures,» insiste-t-il. Au lieu de ce qu’il appelle des «annonces tape-à-l’œil,» M. Vanthof estime que les gouvernements provincial et municipaux devraient collaborer plus étroitement pour identifier les priorités locales en matière d’infrastructure et élaborer des plans de financement adéquats pour y répondre. «Par exemple, si nous avons besoin de fonds pour un nouveau réseau d’égouts, mais que la province ne finance que les toits des arénas cette année, cela n’aide pas vraiment, et cela arrive souvent,» décrit-il.

M. Vanthof souligne que les petites municipalités sont particulièrement vulnérables au sous-financement des infrastructures, car leur assiette fiscale est parfois trop faible pour financer de grands projets. Pour aggraver les choses, les petites municipalités peuvent être exclues des possibilités de financement en raison de leur taille, comme le souligne la maire Thorne Rochon. «Par exemple, le ministère des Transports vient de lancer un programme de financement pour les nids-de-poule. Le seuil d’éligibilité était une population de 10 000 habitants,» explique-t-elle. Selon elle, il serait préférable d’adopter des critères de financement plus souples pour les municipalités comme le Nipissing Ouest, avec sa faible densité de population sur un vaste territoire avec un réseau routier étendu. Elle suggère qu’un calcul basé sur le «nombre de kilomètres de routes par rapport au nombre de ménages imposables» pourrait être une formule plus équitable.

La maire émet toutefois des réserves quant à une formule de financement municipal axée seulement sur les besoins. «Si une municipalité gère ses infrastructures de manière responsable, elle en serait pénalisée. Nous ne financerions que les pires des pires,» prévient-elle, expliquant que les municipalités les moins performantes absorberaient tous les fonds provinciaux, alors que les plus responsables seraient laissées pour compte.

Mme Thorne Rochon ajoute que les petites municipalités qui perçoivent peu d’impôts fonciers pourraient devoir fusionner pour survivre. «Je pense qu’il faudra peut-être assister à une nouvelle vague de fusions. Nous en sommes arrivés à un point où une municipalité de 1 000 ou même 2 000 habitants ne peut plus survivre,» les coûts devenant trop élevés pour qu’elles puissent être viables de manière indépendante. «Rivière-des-Français, St-Charles et Markstay/Warren en sont un exemple. Aujourd’hui, elles (…) partagent déjà des services entre elles. Elles ne sont donc qu’à un demi-pas de la fusion,» suggère-t-elle.

Cela dit, elle est consciente des inconvénients et de la résistance inévitable, le plus grand centre issu d’une fusion étant toujours perçu comme celui qui «obtient tout» en matière de fonds et de services. «Rivière-des-Français serait gagnante, Noëlville deviendrait le centre administratif dans ce cas particulier. C’est la même chose qui se passe ici, où les gens disent que Sturgeon obtient tout,» remarque-t-elle, ajoutant qu’elle entend encore aujourd’hui des critiques sur la fusion du Nipissing Ouest plus de 25 ans plus tard.

Les conservateurs vantent leurs investissements dans le nord

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, et le député provincial de Nipissing, Vic Fedeli, affirment tous deux que des fonds records sont investis dans le nord pour le faire prospérer. Selon un bulletin d’information publié par le bureau de M. Fedeli, 96 millions de dollars ont été investis dans sa seule circonscription. «Nous n’avons jamais vu de tels investissements. J’ai été dans l’opposition pendant six ans et demi, et je n’ai jamais vu de tels investissements,» insiste-t-il, assurant que le premier ministre soutient le nord de l’Ontario. M. Fedeli souligne notamment un investissement de 35 millions de dollars dans les soins de santé à North Bay en 2025, et d’environ 50 millions de dollars l’année précédente.

Bien que les chiffres cités par M. Fedeli reflètent les investissements réalisés dans la circonscription voisine de Nipissing, il évoque des avantages pour les habitants de Nipissing Ouest, car les patients locaux ont souvent recours aux soins de santé à North Bay. MM. Ford et Fedeli mentionnent également une augmentation de 10 % du Fonds du patrimoine du Nord de l’Ontario et des subventions pour des projets culturels, notamment 540 000$ de la Fondation Trillium de l’Ontario aux Compagnons des francs loisirs, qui organisent souvent des événements culturels francophones au Nipissing Ouest.

Interrogé sur les infrastructures, le soutien aux entreprises du nord et le cercle de feu, le premier ministre Ford dit que son gouvernement fait tout ce qu’il peut dans ces domaines mais que ses efforts sont contrecarrés par le NPD. Il critique les néo-démocrates de «voter contre chaque mesure proposée pour favoriser les entreprises.» M. Ford ajoute que son gouvernement a «ouvert la loi sur les mines et introduit des mesures en faveur de l’exploitation minière,» mais que le NPD a voté contre les «améliorations apportées à la loi.»  M. Ford fait référence au projet de loi 5, intitulé Protéger l’Ontario en libérant notre économie, 2025, présenté le 17 avril.

«C’est un groupe radical qui dirige le NPD; ce n’est pas le NPD que nous connaissons ou avec lequel nous avons grandi. Ils ne s’intéressent pas au nord de l’Ontario,» accuse M. Fedeli, ajoutant que les élus néo-démocrates du nord sont contraints de voter conformément aux «idées radicales de gauche» plutôt que dans l’intérêt de leurs circonscriptions du nord. «Le socialisme ne fonctionne pas,» renchérit M. Ford.

Enfin, lorsqu’on leur parle spécifiquement des projets d’autoroute à 2+1 voies, MM. Ford et Fedeli assurent tous deux que ceux-ci sont en cours. Le premier ministre confirme que la phase d’ingénierie est terminée, tout en rappelant que ces choses peuvent prendre du temps. «Nous avons entendu les détracteurs qui doutaient de l’aboutissement du [train] Northlander, mais maintenant, il est là ,» déclare M. Fedeli, utilisant cet exemple pour répondre à leurs critiques. L’annonce du retour du train de voyageurs Ontario Northlander est également mentionnée par M. Vanthof comme un élément positif pour la nouvelle année. «Lorsque nous disons que nous allons faire quelque chose, nous le faisons. Promesses faites, promesses tenues,» déclare M. Ford.