Christian Gammon-Roy
IJL – Réseau.Presse
Tribune
Plus de 350 personnes de tous les coins de la province se sont réunies à Sturgeon Falls pour le tournoi de L’AFOLIE (Association franco-ontarienne des ligues d’improvisation étudiantes) du 1 au 4 mai. L’École secondaire catholique Franco-Cité a accueilli 31 équipes pendant 4 jours de tournoi et d’activités culturelles. L’équipe des Patriotes de Franco-Cité s’est rendue jusqu’en finale sans défaite, avant de céder la victoire aux Malaisants de L’École secondaire catholique l’Escale de Rockland, au compte de 6 contre 2.
Ayant comme thème «Ici, dans le nord», L’AFOLIE 2024 se voulait aussi une vitrine sur la culture du nord de l’Ontario. «J’ai vraiment trouvé que Sturgeon, et le Nipissing Ouest, a extrêmement bien accueilli les équipes de partout en province,» affirme Stéphane Marcoux, enseignant et entraineur de l’équipe d’impro des Patriotes, ainsi qu’un des 18 membres du comité organisateur du tournoi.
Il explique que le comité avait prévu des activités et une cérémonie d’ouverture uniquement nord-ontariennes, par exemple la chanson d’En Bref, Ici dans le Nord, jouée par l’Harmonie de l’école. «Ils ont travaillé en collaboration avec Shawn Sasyniuk, d’En Bref, pour la version qu’ils ont jouée» pendant la cérémonie d’ouverture, précise M. Marcoux. Il y avait même un gros tournoi de fers Texas au Champ athlétique des Patriotes. «On a eu plein de compliments des entraineurs que c’était le fun de vivre une dose culturelle de cette région-ci. Toute la question du chip stand, du Texas Horseshoe, et dans la cérémonie d’ouverture on avait un gros focus sur la réconciliation. De voir tous ces éléments-là, pour des élèves qui viennent de Toronto ou d’Ottawa, c’est vraiment un ‘culture shock,’ mais c’est une bonne chose,» pense l’enseignant.
Les matchs ont débuté le matin du jeudi 2 mai avec des joutes préliminaires pour déterminer le placement des 32 équipes à travers 4 divisions. Les Patriotes ont été placés en division A. Le vendredi, les vainqueurs des matchs éliminatoires se sont affrontés dans la finale de leur division.
C’est aussi le vendredi qu’avait lieu le gala pour les joueurs, avec souper, spectacle et remise de prix individuels au Centre récréatif de Sturgeon Falls. Lors de ce gala, Kalyn Levac et Amélie Giroux, de l’équipe des Patriotes, ont reçu le prix Coup de cœur pour une impro chantée, reconnaissant leur performance exceptionnelle dans une impro sur l’air de la chanson Total Eclipse of the Heart. Mathieu Guilmette a aussi reçu l’un des trois prix d’Étoile du tournoi.
Enfin, la finale avait lieu le samedi matin et le gymnase était bien rempli car tous les participants non finalistes y étaient comme spectateurs. Le dernier match du tournoi, pour déterminer les champions de la division A, était contesté par deux équipes sans défaite. Malgré un bel effort des Patriotes, les Malaisants de Rockland ont finalement remporté le tournoi et le titre de champions provinciaux.
«Ils ont donné un excellent match, et nos Patriotes ont donné tout ce qu’ils avaient, mais tu ne peux pas toujours gagner. On est extrêmement fier de tout ce qu’ils ont fait pendant toute la saison et tout le tournoi. On n’est pas déçu de finir en 2e place dans toute la province. Au contraire, on est extrêmement fier,» assure leur entraineur. M. Marcoux, lui-même un vétéran de l’improvisation et de L’AFOLIE, dit que ses joueurs ont vécu une expérience enrichissante qui nourrira leur fierté. «Autant qu’ils étaient déçus des résultats à la fin, je pense qu’ils sont extrêmement fiers de ce qu’ils ont accompli cette année et ils ont acquis des souvenirs et tissé des liens d’amitié qu’ils ne vont jamais, jamais oublier,» dit-il.
Leur qualité de jeu n’était pas surprenante, ajoute-t-il. «En termes de jeu, ils ont été solides toute l’année. Il n’y a pas eu de grosse révélation. C’est aussi une équipe majoritairement en 12e, ça fait qu’ils ont atteint leur potentiel,» dit-il, ajoutant que l’équipe a une belle chimie. «Ce qui m’impressionne toujours de nos joueurs, c’est que c’est une équipe. Ce n’est pas un joueur qui brille, puis tous les autres sont des personnages secondaires. Notre équipe se passe la balle extrêmement bien. Ils prennent leurs tours comme lead dans toutes les improvisations. Donc, c’est vraiment une équipe complète, ils ont tous leurs forces, ils ont tous leurs faiblesses, mais ils sont capables de s’entraider et de se ramasser quand les choses vont moins bien,» décrit l’entraineur.
Avec seulement deux de ses 7 joueurs qui reviennent l’an prochain pour former l’équipe des Patriotes, on verra une équipe presque entièrement neuve. «C’est ça que c’est. Tu as tout le temps un revirement. Tu bâties une équipe pendant un certain nombre d’années, en espérant qu’ils connaissent le plus de succès possible. Ensuite, tu recommences,» résume M. Marcoux. Cependant, il se dit optimiste en constatant le calibre des futurs joueurs qui arriveront l’an prochain. Suite à la création d’équipes d’improvisation et de tournois dans les écoles élémentaires, la popularité de l’impro monte en flèche tout comme le talent de la relève. «Je regarde toutes nos équipes des écoles nourricières, puis si tous ces élèves-là sortent, on va avoir des choix très difficile à faire l’année prochaine,» prédit-il.
Malgré leur départ du secondaire, les cinq joueurs de la 12e année pourront continuer à faire de l’impro. «Il y en a quelques-uns déjà (…) dans la LINO (Ligue d’improvisation du nord de l’Ontario). (…) On en a deux qui ont l’intention d’essayer pour la LIEU (Ligue d’improvisation étudiante universitaire), qui est la ligue d’impro à l’Université d’Ottawa,» révèle M. Marcoux.
Beaucoup d’organisation, beaucoup de retombées économiques
Un tournoi comme L’AFOLIE demande beaucoup de planification, et l’arrivée d’autant de participants apporte son lot de bienfaits économiques. Luc Larocque, Directeur adjoint responsable de la politique d’aménagement linguistique et culturel et de l’éducation autochtone au Conseil scolaire catholique Franco Nord, a consacré un an de travail au tournoi. En plus d’être épaulé par un comité de 18 personnes, il mentionne les 85 bénévoles étudiants qui ont joué des rôles importants : accompagnateurs pour les équipes, chronométreurs pour les joutes, animateurs et diffuseurs des matchs.
M. Larocque, qui s’occupait du financement et des dépenses, explique que le tournoi était financé par le ministère de l’Éducation de l’Ontario. «Pour les activités provinciales de grande envergure franco-ontariennes, le MÉO nous donne, c’est dans les millions, mais moi je suis allé chercher 138 000$ pour organiser tout ça,» explique-t-il. Cela a permis de financer L’AFOLIE sans avoir à demander des commandites aux entreprises locales. En revanche, il a pu verser une grande partie des fonds dans l’économie locale sous forme de frais d’hébergement et de nourriture, par exemple.
L’hébergement a été un défi, puisque Sturgeon Falls n’a que le Comfort Inn comme hotel. Les organisateurs ont donc dû héberger des gens à North Bay, puis organiser du transport quotidien pendant le tournoi. «J’ai 350 participants, incluant les adultes. Il n’y a pas 350 chambres [à Sturgeon Falls],» regrette M. Larocque.
Les Patriotes ont aussi mis la main à la pâte comme équipe hôte. «Chaque fois qu’on avait besoin de quelque chose, ils étaient là pour aider,» vante M. Marcoux. «Une fois que le tournoi était fini à midi, puis ils venaient juste de perdre, ils étaient en train de défaire tous les locaux, toutes les glaces, jusqu’à 15 heures le samedi. Puis ils le font avec un sourire, mêmes s’ils sont tristes d’avoir perdu. Ça, pour moi, c’est plus important que n’importe quoi d’autre, c’est de voir à quel point ce sont de bons jeunes.»

