Joyce Beauchamp
Tribune
Il y a un peu plus d’un an, Elijah et Isaiah Beauchemin, frères jumeaux âgés de dix ans, cherchaient un moyen de gagner un peu d’argent de poche pendant l’été. Les garçons ont envisagé de promener des chiens ou de faire de l’aménagement paysager, mais leurs parents, Mélanie Shaye et Jean Beauchemin, leur ont fait remarquer qu’ils avaient l’école, le soccer et le hockey, et qu’ils n’étaient pas encore assez grands et forts pour tondre des pelouses. Les frères ont réfléchi davantage, mettant leurs buts et priorités au clair. Ils voulaient que leur entreprise ait un rapport avec les chiens, reflétant leur amour pour Lola, leur animal de compagnie. Ils ont ensuite réduit leur champ d’action à un produit alimentaire, puis à des friandises, quelque chose qu’ils pourraient confectionner dans leur cuisine.
L’idée était trouvée : des friandises pour chiens. Soucieux de la santé des animaux, les garçons voulaient des ingrédients sains, sans arômes artificiels ni agents de conservation. Ils ont testé différentes combinaisons de myrtilles, carottes, potiron, bacon, fromage et beurre d’arachide, le tout lié avec de la farine de blé. Ils ont donné aux friandises la forme d’un os, puis les ont cuites au four à 160 °C pendant 30 minutes. Ils ont demandé à leur famille et à leurs amis de les faire goûter à leurs chiens.
Grâce aux précieux commentaires issus de ces essais, ils ont remplacé la farine de blé par de la farine d’avoine. Constatant que les gâteries en forme d’os de chien se brisaient facilement, ils sont passés à des boules énergétiques. Ils ont finalement retenu deux produits : les boules Peanut Pooch Bacon Poppers et les Pumpkin Cheddar Chomps. Ils ont trouvé ces noms lors d’une séance de brainstorming. «C’était une affaire de famille,» expliquent Isaiah et Elijah, espérant que leurs clients apprécieraient ces noms accrocheurs.
Après avoir étudié le coût de l’emballage, les frères ont opté pour un sac en papier refermable, élégant et doublé de plastique pour conserver la fraîcheur. Ils collent eux-mêmes les étiquettes afin de faire des économies. La conception de l’étiquette a été la partie la plus amusante. Jean Beauchemin, qui enseigne le commerce et le marketing au collège Cambrian, a suggéré aux garçons d’utiliser l’intelligence artificielle (IA) pour créer un logo. Ils ont demandé à l’IA de leur créer un logo représentant un chien, mais le résultat ressemblait trop à un vrai chien, alors qu’ils voulaient une image plus caricaturale ressemblant aussi à Lola. Ils ont réinitialisé les paramètres et l’IA leur a proposé quelque chose qui se rapprochait plus de leur vision d’une Lola en dessin, cette fois avec des lunettes de soleil. Leur père a demandé à un collègue graphiste de les aider à peaufiner le logo, et à déterminer comment créer l’étiquette nutritionnelle requise par la réglementation.
Il fallait ensuite trouver les ingrédients. Les garçons ont eu de la chance lorsque leur père a fait appel à Dan Lelièvre, de la boulangerie Chez Jean-Marc, qui a commandé de grands sacs de farine d’avoine à prix d’usine. M. Lelièvre a également accepté de stocker les gâteries pour chiens dans sa boulangerie. Les autres ingrédients – bacon frais en vrac, fromage, beurre d’arachide et citrouille en conserve – sont achetés localement. Cet automne, les garçons espèrent acheter des citrouilles à Leisure Farms, toujours dans le but de s’approvisionner auprès de producteurs et d’agriculteurs locaux.
Ils ont ensuite dû investir dans du matériel : un bon mixeur KitchenAid, un congélateur pour stocker les produits, des moules à pâtisserie et un aspirateur Chirpy pour nettoyer le sol de la cuisine après une journée de production. Ils ont décidé de créer une société en nom collectif sous le nom de « Beauchemin Bros. Bites »; enregistré leur entreprise auprès de la province; trouvé un assureur; créé un site web avec une boutique en ligne; conçu une carte de visite avec un code QR renvoyant vers leur site web – apprenant ainsi les bases du commerce à chaque étape.
«Il ne fait aucun doute que les enfants profitent d’un apprentissage intense grâce à cette entreprise,» déclare Jean en fier papa. Elijah court vers le bureau au sous-sol et rapporte l’un des manuels que Jean utilise au collège, intitulé « Building Your Dream: A Canadian Guide to Starting Your Own Business » (Construisez votre rêve : guide canadien pour créer votre propre entreprise). «Nous avons lu ce livre,» explique Elijah. «Nous voulions suivre les étapes décrites dans ce livre, et c’est ce que nous avons fait,» ajoute Jean.
En ce qui concerne les ventes, Jean explique : «Elijah et Isaiah ont bien démarré avec une collecte de fonds pour une équipe de hockey, ce qui leur a permis d’obtenir une grosse commande pour commencer. Cela nous a beaucoup aidés. Ils ont également pu placer leurs produits chez Jean-Marc’s Bakery et Kate’s Kountry Kitchen, qui nous ont beaucoup soutenus.» Jean remarque: «C’est toujours formidable de voir des entreprises locales soutenir d’autres entreprises locales.» Les jumeaux adhèrent totalement à cette idée. Ils ont placé un drapeau canadien bien en évidence sur leur carte de visite pour montrer leur fierté nationale.
La Tribune a eu la chance de tomber sur les frères et leur famille en train de préparer les gâteries. Ils travaillent ensemble, l’un râpant le fromage et l’autre ouvrant des boîtes de purée de citrouille pour la première recette. «C’est la plus petite quantité, car huit commandes sur dix sont pour les Peanut Pooch Bacon Poppers,» expliquent-ils. Les cacahuètes proviennent de grands pots de beurre d’arachide. Jean avoue : «Le bacon est la partie la plus laborieuse. Nous avons essayé de mettre le bacon croustillant dans le mixeur, mais il s’est aggloméré et collé. Nous n’avons eu d’autre choix que de le hacher au couteau. Et c’est mon travail.»
Les frères mettent tous les ingrédients dans un bol et laissent le mixeur faire son travail. «Ensuite, nous laissons reposer la pâte pendant une heure, pour permettre une évaporation,» explique Jean. Une heure plus tard, ils se retrouvent. Jean prélève la pâte à l’aide d’une cuillère d’une once et les garçons roulent les boules de pâte pour les placer sur un plateau, prêtes à être enfournées. Une fois refroidies, les boules sont emballées dans des sachets contenant 20 friandises, avec 2 ou 3 supplémentaires pour faire plaisir. Si le client a un petit chien, il peut commander un format plus petit, avec jusqu’à 47 petites gâteries par sac. Le prix par sac est de 13 dollars, «ce qui reflète la qualité du produit,» selon Jean, mais surtout le fait que «les chiens les adorent vraiment, elles sont tellement bonnes», selon les frères.
«Nous travaillons actuellement sur un autre produit, un produit qui se conserve à température ambiante et qui n’est pas aussi mou que nos Poppers et Chomps,» raconte Jean. «Il est également important de s’assurer qu’il y ait suffisamment de produits dans notre congélateur. Les garçons apprennent à anticiper, à faire des prévisions, et à intégrer les jours de production dans leur emploi du temps en jonglant leurs autres activités comme le soccer.»
Si cette activité leur apprend déjà beaucoup, elle les aide également à financer leurs futurs projets éducatifs. Les garçons ont ouvert un compte d’épargne voué à leurs études. Ils auront déjà une longueur d’avance, grâce aux nombreuses compétences acquises au fil de cette expérience. «La plus grande leçon que les enfants ont apprise, c’est que tout est possible quand l’on s’en donne les moyens,» explique Jean.
Les lecteurs peuvent consulter le site web d’Isaiah et Elijah, beaucheminbrosbites.com, et même commander en ligne. Comme les frères aiment beaucoup les chiens, ils reversent une partie de leurs revenus à des refuges pour animaux, afin qu’une partie de chaque achat serve à prendre soin des chiens en attente d’un nouveau foyer aussi aimant que celui de Lola.

